Jeudi 13 juin 2013

Charité bien ordonnée…

Pr ELY Mustapha « L’Aide publique au développement (APD) désigne les dépenses publiques au bénéfice des pays en développement dont le but essentiel est de favoriser le développement économique et l’amélioration des conditions de vie dans les pays concernés. »

 

« Avec près de 10 milliards d’euros par an (9,348 Millions d’euros en 2011), la France est le quatrième contributeur mondial d’Aide publique au développement (APD). Elle est le deuxième contributeur en pourcentage du Revenu national brut (RNB), avec 0,46%. »

Et pourtant, « selon l'Insee, la France compte environ 8,6 millions de pauvres, soit environ 14 % de la population et 20 % des enfants.

Durant la période 2000-2009, le taux de pauvreté de l'ensemble des ménages a enregistré une légère hausse : + 0,3 %, tendance qui se poursuit par la suite, passant de 7 382 000 pauvres en 2004 à 8 173 000 en 20094, et à 8 600 000 en 2010.

En 2008, 25 % des salariés gagnent moins de 750 euros par mois, et en 2010 il y a 3 291 000 enfants pauvres en France. [1] »

Et pourtant la France alloue 9,348 Milliards d’euros pour financer d’autres pays. L’Afrique est le premier bénéficiaire de l’Aide Publique au développement française (55%), et en particulier l’Afrique subsaharienne (41%). 

Et pourtant l’Afrique subsaharienne ne se développe pas malgré cette aide au développement en milliards d’euros ! Mais où vont ces milliards ?

 

Si l’on en croit la diplomatie française, à travers sa coopération internationale, chargée de cette aide, la France va continuer « une politique de développement ambitieuse, avec des objectifs redéfinis. Trois priorités guideront son action :

-  le développement économique des pays qui en ont besoin, avec en contrepartie le respect des exigences démocratiques, le renforcement de l’État de droit et la promotion des droits des femmes ;

- en deuxième lieu, la sécurité, car il ne peut y avoir de sécurité dans la durée sans développement, ni de développement sans sécurité ;

- enfin, la préservation de la planète, notamment du climat. »[1]

Au vu de ces priorités et depuis le temps que la France s’y consacre à travers l’Aide Publique au Développement on comprend l’ampleur de la déception.

Relativement à la première priorité de l’aide : Si la conditionnalité qui l’accompagne devait être vraiment appliquée, à savoir « le respect des exigences démocratiques, le renforcement de l’État de droit et la promotion des droits des femmes », jamais cette aide n’aurait été octroyée ! Cette aide finance des pays avec des gouvernants putschistes et qui piétinent les droits de l’homme si ce ne sont des narcotrafiquants.

Quant au « développement économique » que cette APD est supposée appuyer, c’est un vœu pieux. Les pays africains « bénéficiant » de cette aide végètent encore dans le sous-développement économique et sont écrasés par des régimes où la corruption et les détournements des biens publics sont un sport gouvernemental. Qu’elle soit sous forme d’appui directe ou indirecte aux institutions publiques, l’aide est, elle-même, détournée. Les responsables nationaux des projets de développement financés par cette aide, sont nommés pour puiser dans les moyens financiers et matériels pour leur propre compte. Les détournements de fonds publics sont entrés dans les mœurs publiques. Les responsables politiques et administratifs sont d’ailleurs « appréciés » à la fortune qu’ils ont détournée et grâce à cette fortune, ils obtiennent les postes d’influence, achètent les électeurs, manipulent les élections et ont les « moyens politiques » de leur élection et cela grâce à l’aide au développement détournée et aux financements complaisants d’institutions internationales supposées aider au rétablissement des « grands équilibres économiques ».

L’on pourrait considérer qu’en ce domaine, l’aide publique au développement est, elle-même, un blocage du développement car elle aboutit à l’effet contraire aux attentes. Elle pénalise le « respect des exigences démocratiques et le renforcement de l’État de droit » et continue à appui l’asservissement des peuples.

D’ailleurs, c’est souvent avec cette aide que les gouvernants maintiennent leurs peuples « en laisse ». Avec cette aide, ils « alimentent », les besoins élémentaires de leurs peuples et les neutralisent. Sans cette aide, ils auraient des comptes à rendre sur la gestion des ressources nationales qu’ils dilapident et ne servent pas le peuple. Car ce dernier crierait très vite famine et virerait ses gouvernants corrompus.

Quant à la seconde priorité de l’Aide au développement telle que prônée par la Diplomatie française, à savoir « la sécurité » (« car il ne peut y avoir de sécurité dans la durée sans développement, ni de développement sans sécurité »), il n’est nul besoin de démontrer son inefficacité eu égard à ce qui se passe justement dans les pays sahéliens pour lesquels cette aide est fournie depuis de dizaine d’années.

Insécurité, terrorisme, criminalité, drogue, otages…. La zone n’a jamais était aussi dangereuse. Il se pourrait qu’une importante même partie de cette Aide au développement soit allée, indirectement, « aider » le développement du la criminalité organisée car ceux qui justement en haut-lieu en bénéficient ne sont souvent pas recommandables.

Enfin quant à la troisième priorité de l’aide française au développement, notamment « la préservation de la planète », il n’est nul besoin de voir que le désert avance dans la plupart des pays sahéliens, que « les ceinture vertes » érigées autour des villes à coups de millions d’euros sont devenues des dunes, que les populations rurales entières se sont ruées vers les villes (l’aide a pénalisé leur production agricole et l’a même remplacée), que les villes de ces pays, y compris les capitales sont des bidonvilles laissées à leur compte et que l’exploitation irraisonnée des ressources naturelles empoisonne les pays et leur environnement

Alors où va cette aide ?

Si l’on examine la structure de l’aide publique française au développement en 2011, elle se présente de la façon suivante :

Composition Aide Bilatérale nette :

- 37% au financement des projets

- 16% pour l’assistance technique

- 15% pour les allégements de dettes

- 7% en Aide budgétaire

- 25% autres

Répartition sectorielle de l’APD Bilatérale :

- 16% : Education

- 2% santé

- 16% : développement durable

- 5% : Agriculture

- 12% : Soutien à la croissance

- 49% : autres secteurs

Il suffit de considérer ces pourcentages pour comprendre l’inefficacité de l’APD française. Pour cela prenons un exemple celui d’un des pays qui lui en bénéficie : la Mauritanie.

Régime sous la dictature, 46% de sa population vit en dessous du seuil de pauvreté, 26 % de déshérités sans logement, 90% sans prévoyance ni sécurité sociale, 75% de la jeunesse au chômage.

85 % de femmes sans emploi, 78 % de familles vivant de l’informel, 75 % vivant de l’aide alimentaire internationale , 90% des richesses entre les mains de 5 % de la population, 60% d’analphabètes , 78 pour mille de mortalité infantile, 0,6 d’indice de développement humain, administration à 99 % corrompue, politiques à 100% aigris, intellectuels à 90% suivistes, fonctionnaires à 100% endettés, gouvernement de laudateurs, commerçants banquiers-véreux, sénateurs-commerçants, députés sans assemblée, hôpitaux mouroir, pharmacies-boutiques, économie surendettée, régions déshéritées, police corrompue, armée confisquée, élèves entassés, enseignants déconsidérés et misérables, familles en déliquescence, enfants dans la rue, mendiants dans les avenues, imams pro-putschistes, justice asservie, , société en otage, président stupéfiant, dignité bafouée, peuple piétiné, désert qui avance, quartiers nauséabonds, bidonvilles à ciel ouvert, drogue à fleur de rue, médias achetés, cigarettes pain quotidien, consciences achetées, pétrole liquidé, contrats falsifiés, terroristes déguisés, marchés publics privés, trésor public pillé…parlement illégal, élections bafouées.

3,5 millions d’habitants de pauvres en Mauritanie dans un pays sous-développé et pourtant l'APD française lance des cocoricos !

Mais il faut dire que, curieusement, la Mauritanie, avec ses 3,5 millions de pauvres est moins à plaindre car il reçoit une APD de la France qui compte, elle-même, un peu moins de 9 millions de pauvres !

Curieux n’est-ce pas ? 10 milliards d’Euros annuellement de l’aide publique française aux pays sous-développées alors que la France jette ses ouvriers à la rue en fermant des complexes industriels entiers, qu’elle souffre de déficits faramineux dans ses systèmes sociaux alors qu’avec ses 10 milliards d’euros elle pourrait résoudre ses difficultés notamment sociales (chômage notamment).

Il est vrai comme, cela fut dit, que le coq est le seul animal qui chante avec les pattes dans la boue. Charité bien ordonnée doit commencer par soi-même.

Ceci dit, l’auteur de cet article n’ignore pas que l’APD n’a pas seulement pour but « d’aider » les pays pauvres mais qu’elle réalise la stratégie politico-économique de la France et son « rayonnement » économique, industriel et culturel à l’échelle internationale en tant que puissance.

 Mais que vaut une Aide Publique au développement si elle vaccine un enfant contre la poliomyélite et lui donne une chance de survivre mais qui meure dans des guérillas avec des armes fournies par la France ou ses alliés occidentaux à travers ses alliances stratégiques ?

Mais que vaut une aide publique au développement, s’il y a aide et pas de développement et si la pauvreté s’accroit en France et dans les pays qu’elle aide ?

Que vaut l’aide au développement si par retour d’investissement ce sont les sociétés occidentales qui bénéficient des contrats d’achat de biens et de services qui sont lancées dans le cadre des « projets de développement » lancés au titre de l’aide publique de développement ?

Que vaut l’aide publique au développement si elle bénéficie à des régimes corrompus de pays africains qui la détournent directement ou indirectement en toute impunité. Sachant bien que le donateur n’ignore pas la chose.

Que vaut une aide publique au développement supposée renforcement le rayonnement de la France à l’étranger alors que des français et autres sans papiers démunis dorment sous les ponts ?

La sagesse, (pas celle du politique, qui en France n’en n’a plus, pris dans ses ambitions électoralistes) impose de réinvestir au moins une partie de l’aide publique au développement en France pour aider ceux que l’on licencie à tour de bras et dont on ferme les lieux de travail (usine et entreprises de secteurs divers).

Je sais que certains économistes pointilleux, s’attacheront à trouver dans ces propos une rationalité non cartésienne et clameraient que l’injection des moyens financiers de l’aide au développement dans l’économie française serait une source d’aggravation de l’inflation, soit de l’augmentation généralisée de prix et par conséquent un déséquilibre d’agrégats macro-économiques. Ils préféreront dire oui au FMI et niet aux

D’autre penseront que mon raisonnement de ressortissant du tiers-monde est sadomasochistes et que c’est se couper l’herbe sous les pieds de pays qui ont besoin de l’aide.

Certes, les pays en développement ont besoin de l’aide publique au développement mais celles qui continue à renforcer la misère et à conforter les despotes. Certes, le vaccin d’un enfant, espoir de demain est un don inestimable mais faudrait-il qu’il puisse survivre au despotisme et aux conflits que déclenchent des régimes que cette aide soutient et qui l’envoient mourir pour de mauvaises causes.

Dans la question de l’aide publique eu développement au-delà des grandes théories économique et des « joutes » intello-intellectuels, du rayonnement des nations et de leurs intérêts inavoués, il n’y a qu’une seule chose qui compte c’est la souffrance des peuples. Que l’on souffre dans les Zones urbaines sensibles en France (où le chômage et son dérivé, le banditisme, tuent) ou que l’on souffre dans les rues de Goma (où la misère et son dérivé, la guérilla, tuent), la souffrance humaine est identique. 

Alors avec ses 10 milliards d’euros annuels, l’aide publique au développement française est, à l’international, un coup d’épée dans l’eau, tout au moins pour ceux auxquels elle est destinée. Son redéploiement est une urgence non pas dans son niveau mais dans ses modalités d’octroi pour qu’elle n’aille pas conforter des régimes despotiques et des pays mal gouvernés au nom du « rayonnement » de la France.

Dans le cas contraire, qu’elle revienne aux pauvres de France. N’est-il, pas plus sage d’employer un chômeur chez soi que de faire vivre un despote chez les autres. Il en va de la survie des uns et des autres.

Pr ELY Mustapha

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