la Seine-Saint-Denis:Département étranger.

Non, la Seine-Saint-Denis n’est plus un département français !

Lise est professeur de physique-chimie. 27 ans, élégante et sportive, elle a pris ses fonctions d’enseignante titulaire en Seine-Saint-Denis, dans un collège réputé difficile. Le sud de la France, où elle a vu le jour, lui paraît bien loin, mais l’amour du métier a su lui donner l’énergie nécessaire pour affronter ce type de dépaysement.

Arrivée dans les quartiers « chics » (c’est-à-dire apparemment calmes) de Saint-Denis, elle a lié connaissance avec les commerçants, qu’elle a jugés sympathiques et honnêtes. Sympathiques, parce qu’ils n’ont pas manqué de l’accueillir chaleureusement, et honnêtes parce qu’ils l’ont avertie des dangers qu’elle risque d’encourir si elle ne respecte pas toute une série d’interdits relevant d’une culture étrangère à la nôtre !

D’abord, ne porter aucun bijou, a fortiori en or : un simple pendentif suffit pour être racketté ou agressé physiquement ! Ensuite, ne pas avoir sur soi de téléphone portable, d’iPod, de MP3, de walkman, de montre de valeur, de sac à main ! Même les cartables ou sacs scolaires sont déconseillés, car ils peuvent contenir des objets convoités ! Jupes, robes et décolletés sont évidemment à proscrire, tout comme les shorts, à commencer par le fameux « cycliste ». Les pantalons ne doivent pas être moulants.

La gare de Saint-Denis est à éviter de jour comme de nuit. On ne doit pas circuler avec ses papiers d’identité ou son permis de conduire ! Le soir, il n’est nullement question de sortir, sauf en cas d’urgence (être accompagné est alors indispensable). Il ne faut rien laisser dans sa voiture (qu’on garera de préférence sur les grands boulevards). Bref, il faut être en alerte permanente, car ici on n’est pas certain de rentrer chez soi comme on en est sorti !

Le lendemain, lors du discours de prérentrée, le chef d’établissement de Lise est allé dans le même sens que les commerçants, ayant encore en mémoire le cas de cet élève qui, l’année passée, avait planté une paire de ciseaux dans le dos d’un de ses camarades ! Monsieur le Proviseur a donc rappelé à tous les professeurs qu’il leur est interdit de tourner le dos à la classe (ce qui condamne l’enseignant à ne jamais écrire au tableau !), de faire des cours d’investigation (jugés trop risqués), et de laisser passer le moindre faux-pas, tant au niveau du langage que du comportement, la tolérance pouvant engendrer le pire.

Lise n’en revenait pas : elle avait le sentiment d’être à l’armée, avec ordre de dompter des soldats retors, sans avoir pour autant bénéficié d’un entraînement ad hoc. Elle sortit de cette réunion professorale toute pensive, avec la ferme résolution de rester sur ses gardes, ce qui ne l’empêcha pas d’être gratifiée de « beau cul », puis de « salope », par des « jeunes » qui traînaient devant le collège !

Et dire que cela dure depuis des années ! Et dire que notre gouvernement le sait ! Et dire qu’il nous a promis le changement dès maintenant, et qu’il laisse faire !

Maurice Vidal

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