La potion amère de 2014,est prête.

Le gouvernement imagine 2025 mais prépare surtout la potion amère de 2014

Le Point.fr - Publié le 19/08/2013 à 19:35 - Modifié le 19/08/2013 à 19:42

Après 2011, 2012 et 2013, le budget 2014 s'annonce encore difficile à avaler pour les Français. Les hausses d'impôts seront bien au rendez-vous.

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Alors que le gouvernement fait mine de plancher sur la France dans 10 ans, il prépare surtout activement les délicates échéances de la rentrée. Avec, en premier lieu, une difficile équation budgétaire à résoudre.

Bien sûr, l'équipe de Jean-Marc Ayrault pourra s'appuyer sur la bonne nouvelle du deuxième trimestre 2013 : la croissance française a rebondi de manière inattendue (+ 0,5 %). Cela veut dire que si la richesse produite stagnait d'ici à la fin de l'année, l'objectif de croissance de + 0,1 % en 2013 serait quand même atteint. Mais la plus grande prudence s'impose. L'amélioration de l'activité a surtout reposé sur un sursaut de la consommation des ménages, lié en partie aux dépenses d'énergies consenties pour faire face aux mauvaises conditions climatiques du printemps.

Or, le choc psychologique risque d'être rude : pile au moment où les contribuables reçoivent progressivement, depuis le 14 août, leur avis d'imposition sur les revenus de 2012 (par mail ou par courrier), le gouvernement va dévoiler sa nouvelle salve de hausses d'impôts. Des efforts supplémentaires qui viennent s'ajouter à une liste déjà bien chargée de nouveaux prélèvements instaurés les années précédentes.

TVA et CSG ?

Sur le papier, le gouvernement veut limiter les hausses à 6 milliards. Sur le papier. En réalité, il devrait en faire voter 12 milliards pour compenser les recettes déclinantes de certains impôts instaurés en 2013.

Hausses d'impôts, baisses des dépenses : ce qui vous attend dans le budget 2014

Et encore. Dans ce décompte ne figure pas l'augmentation de TVA, décidée dans le budget 2013 pour financer le crédit d'impôt compétitivité-emploi, qui entrera en vigueur seulement le 1er janvier 2014. Le taux normal devrait passer de 19,6 à 20 %, tandis que le taux intermédiaire bondirait de 7 à 10 %. Seul le taux réduit, sur les produits de première nécessité, devrait baisser de 5,5 à 5 %.

Parmi les autres augmentations qui pèseront sur les ménages figure notamment la baisse du plafond du quotient familial, annoncée en juin. Par ailleurs, selon Le Parisien, Bercy envisage de geler une année supplémentaire le barème de l'impôt sur le revenu. La mesure, initiée par le gouvernement Fillon et maintenue par les socialistes, sauf pour les deux premières tranches, fait mécaniquement augmenter cet impôt. Une hausse qui pourrait bien s'accompagner de celle du prix du gazole, via l'alignement très progressif de sa fiscalité sur celle de l'essence, afin d'asseoir une taxation plus écologique.

L'autre enjeu majeur de la rentrée, non sans lien avec le budget, sera la réforme des retraites. Selon la presse, François Hollande aurait renoncé à augmenter la durée de cotisation avant 2020 - ou alors à la marge - pour s'attirer les bonnes grâces des syndicats ouverts à une retouche du régime de retraite. Voilà qui nécessiterait de trouver d'autres moyens de combler les déficits du régime général. Du coup, le gouvernement planche sur l'augmentation de la contribution sociale généralisée (CSG) payée sur les revenus du travail et du capital.

Lire notre article : Après la TVA, le gouvernement veut aussi augmenter la CSG !

Hollande passe outre la recommandation du FMI

Une piste en contradiction avec le discours longtemps tenu par François Hollande. "Pour 2014, en dehors d'une hausse de la TVA, il n'y aura aucune autre augmentation d'impôts", affirmait le président de la République lors de son passage sur France 2, le 28 mars dernier.

Le Fonds monétaire international (FMI) avait pourtant ouvert la porte à une telle possibilité dans son rapport sur la France publié début août. Les experts de l'institution dirigée par l'ancienne ministre de l'Économie Christine Lagarde ont recommandé au gouvernement français de renoncer à ses hausses d'impôts l'année prochaine et de n'appliquer que les baisses de dépenses prévues (14 milliards par rapport à la tendance naturelle d'augmentation des dépenses). Le manque à gagner pour le budget serait alors récupéré en accentuant les efforts sur les dépenses les années suivantes.

Mais le président de la République semble maintenant déterminé à mener la consolidation budgétaire prévue, au risque de tuer dans l'oeuf tout redémarrage de l'activité. L'addition des hausses d'impôts pourrait en effet avoir un effet délétère sur la consommation des ménages, et donc boucher l'avenir des entreprises qui ne se sont toujours pas remises à investir malgré la légère embellie de la conjoncture observée d'avril à juin.

Il faut dire que l'équilibre entre ajustement budgétaire et préservation de la croissance n'est pas facile à tenir. D'un côté, le gouvernement doit à tout prix surfer sur l'amorce de reprise qui se dessine en zone euro. De l'autre, il doit à tout prix éviter que les investisseurs doutent de la réalité de la consolidation des finances publiques, après le report de l'objectif des 3 % de déficit à 2015. Après une pause pendant une partie de l'été, les taux d'intérêt sur la dette française à dix ans sont en effet repartis à la hausse la semaine dernière pour atteindre 2,40 %, dans le sillage de la remontée des taux américains. Pas encore de quoi s'alarmer : ce taux reste historiquement bas et ne s'écarte pas outre mesure de ceux demandés à l'Allemagne, référence de la zone euro, pour se financer. Stratégiste obligataire chez Natixis, Cyril Regnat anticipe même une nouvelle décrue aux alentours de 2,10 %. Mais cela ne pourra pas durer éternellement. Toute la question est de savoir si la stratégie gouvernementale aura permis de retrouver la croissance quand les taux se normaliseront.

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