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Nuits d’été à Colombes : deux femmes au tapis

Le 16 août 2013

Prenez un délinquant multirécidiviste, condamné une première fois notamment pour agression sexuelle. Remettez-le en liberté dix-huit mois plus tard. Arrêtez-le à nouveau le mois suivant sa sortie pour… vol, conduite en état d’ivresse et sans permis, refus d’obtempérer, recel, dégradation – reprenez votre souffle – et condamnez-le cette fois à dix-neuf mois de prison.

Prenez cet homme – Sofiane M. –, accordez-lui un régime de semi-liberté pour lui permettre de respirer au grand air chaque jour jusqu’à 21 heures. Laissez-le gambader, et voler paisiblement dans un magasin de La Défense. Interpellez-le pour la forme, puis remettez-le immédiatement en liberté en ignorant son statut de prisonnier en semi-liberté, pour des raisons d’accès aux fichiers informatiques et… de garantie de la présomption d’innocence (un malfaiteur multirécidiviste ne doit pas être « stigmatisé »).

Laissez à nouveau cet homme baguenauder le lendemain soir, vers 22 heures, tranquillement (bien qu’il doive avoir théoriquement réintégré la prison de la Santé depuis une heure), dans les rues de Colombes, en banlieue parisienne. Prenez maintenant une jeune femme sortant de la gare pour regagner son domicile. Laissez la rencontre s’opérer… Appelez une ambulance.

Observez l’agresseur en fuite, trois quarts d’heure plus tard, se refaisant une santé dans les rues de Colombes. Fournissez-lui une seconde jeune femme, âgée de 21 ans cette fois. Laissez la rencontre s’opérer à nouveau. Constatez le viol, et appelez une seconde ambulance…

Prenez maintenant un ministre de la Justice, humaniste, épris de liberté. Nous l’appellerons Christiane T. Attendez que la première femme agressée sorte du coma. Présentez alors les deux victimes à Christiane T., et laissez le ministre leur rappeler que l’insécurité est un fantasme de droitards malveillants ; que la prison n’est pas une solution ; que la prison déshumanise les délinquants bienveillants.

Laissez entrer François Delapierre, du Parti de gauche, pour féliciter Christiane T., et rappeler aux deux jeunes femmes que la petite délinquance de tous les jours n’est rien comparée à la grande délinquance financière, et que, de surcroît, construire de nouvelles prisons ne réglerait en rien le problème qui n’existe pas vraiment.

Et puis dans un élan de compassion pour Sofiane et ses frères maltraités en prison, vous autoriserez bien les deux politiciens à relativiser : après tout, les deux jeunes femmes agressées à Colombes le 7 août dernier ne sont-elles pas encore vivantes ? De quoi pourraient-elles donc se plaindre ?

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