Publié par Jean-Patrick Grumberg le 1 décembre 2016
 

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Le travail du journaliste sérieux consiste à faire des recherches sur les candidats aux élections pour informer les électeurs. Je sais, ce travail n’existe plus en France. La démocratie fonctionne mieux avec une bonne connaissance des candidats. Plus on en sait sur les candidats, moins les choix sont tributaires de nos émotions, de nos préjugés, du beau parleur ou du démagogue. Muni des informations, chacun décide ensuite selon sa perception. Dreuz ne donne pas de consignes de vote, ce n’est pas son rôle, mais les éléments pour voter.

Conformément à la demande de nombreux lecteurs de Dreuz, voici le résultat de mes premières recherches sur François Fillon.

Le 3 juin 2009, le Canard Enchaîné n° 4623 titrait (1) : «Le Premier ministre joue les modestes, mais son logement a pris de l’embonpoint, ses frais de personnel sont maquillés, et ses voyages en avion jamais payés».

La surface du logement de fonction de Fillon a-t-elle enflé ?

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René Dosière, député apparenté socialiste et spécialiste des dépenses du pouvoir exécutif, a demandé à Matignon quelle était la superficie de l’appartement du Premier ministre. Réponse : «M. Fillon dispose d’un appartement de 7 pièces, pour une surface totale de 309,72 m², pièces de réception comprises. La partie strictement privative est de 213,73 m²».

Mais, se demande le Canard Enchaîné, comment est-ce possible, alors que l’appartement de Villepin, le Premier ministre précédent, faisait 78,40 m—?

Réponse d’un collaborateur du Premier ministre : «C’est un secret, ne le répétez pas : Fillon s’est agrandi pour loger son épouse et trois de ses enfants».

François Fillon n’avait pas réagi aux accusations du Canard, mais quand, s’inspirant de l’article, René Dosière accusa le Premier ministre, dans un livre (L’Argent de l’Etat: un député mène l’enquête*), d’avoir réalisé des travaux non déclarés, ce dernier l’invita à visiter ledit «luxueux appartement», rapporte Libération (2).

Dosière accepta, et après sa visite, il déclara que l’appartement était fait de bric et de broc, qu’il ne correspondait pas au logement de fonction d’un Premier ministre d’une grande puissance, et que Fillon n’avait en réalité fait aucun travaux ni commis aucune infraction.

«Il a été au fil du temps agrandi, mais pas sous M. Fillon, et cet appartement il faut bien le reconnaître est fait de bric et de broc», a déclaré le député socialiste, ajoutant qu’il «n’est absolument pas fonctionnel, la circulation y est très compliquée», et qu’en tout état de cause «Il n’est pas convenable pour le Premier ministre d’une grande puissanc

Pour «diminuer» ses dépenses, les employés de Matignon sont payés par d’autres administrations

Alors qu’en septembre 2007, François Fillon déclare : «Je suis à la tête d’un Etat qui est en situation de faillite», les dépenses de personnels de son ministre, qui manque de transparence, s’envolent.

  • Au 1er janvier 2008, 40 des 62 membres du cabinet du Premier ministre étaient payés par des administrations extérieures. Cela permettait de sortir leurs salaires du budget de Matignon, ce qui permit à Fillon de se vanter d’avoir diminué son budget.
  • Parmi les membres de son cabinet, certains sont mis à disposition par le Conseil d’Etat, d’autres par le Sénat, d’autres encore (secrétaires, chauffeurs, gardes du corps) sont pris en charge par d’autres organismes.
  • En plein cœur de la crise économique de 2008, François Fillon a été obligé de présenter un budget de crise. En réalité, il a fait des tours de passe-passe pour cacher que loin d’être économe, le nombre de fonctionnaires dont le salaire était pris en charge par des institutions extérieures avait augmenté, et non baissé. Au 1er juillet 2008, 49 des 70 membres du cabinet n’étaient pas payés par le budget de Matignon. Mais 6 mois plus tôt, le chiffre n’était que de 40 fonctionnaires sur 62.
  • Même manque de sérieux pour les fonctionnaires en service à l’Hôtel de Matignon : 230 étaient rémunérés par d’autres administrations contre 185 six mois plus tôt.
  • Fillon s’était engagé à davantage de transparence et d’économie en temps de crise. En réalité, il a caché sous les tapis ses frais supplémentaires, tout l’inverse de la transparence et de la bonne gestion. A l’échelle du pays, cette légèreté à jongler avec l’argent des autres pourrait être catastrophique.

François Fillon voyage sur les crédits du ministère des Affaires étrangères…

Autres dépenses cachées de Fillon : ses voyages. Aucun des déplacements de François Fillon n’est payé par le budget de Matignon : «Les vols à l’étranger sont pris en charge par le ministère des Affaires étrangères. La facture dépasse allègrement le million par an».

C’est donc un autre tour de passe-passe. Le coût des voyages du Premier ministre échappe au budget de Matignon, Fillon peut afficher un «budget de rigueur» en temps de crise.

C’est ainsi, concluait Le Canard en 2009, que «François Fillon passe pour un Premier ministre modeste, obnubilé par les déficits publics et soucieux de limiter les dépenses de l’Etat, et qu’il joue au maximum la carte d’un Premier ministre rigoureux, voire austère».

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… Il utilise des jets et des hélicoptères privés payés par l’UMP :

Avec sa main droite, Fillon dit vouloir «réduire les dépenses de 45 milliards» (Le Figaro, 12 juin 2010). Mais de l’autre main, son entourage lui reproche ses dépenses fastueuses.

Le Lab (6) affirme que François Fillon s’est permis de coûteux allers-retours en hélicoptère et en Falcon, financés par l’UMP, factures à l’appui. Entre 2009 et 2010, François Fillon a ainsi fait payer à l’UMP environ 300 000 euros pour ses déplacements.

Pour Valeurs Actuelles, la facture des voyages privés de Fillon payés par l’UMP s’élève à 254 956,11 euros. (10)

«Hélicoptère privatif et Falcon de François Fillon en 2006 et 2007. [Il] n’hésite pas à faire payer son parti pour des allers-retours à plus de 14 000 euros… Le Lab a les factures.»

  • Le 6 octobre 2006, François Fillon part de Biarritz pour Madrid, pour une convention du parti de la droite locale, puis rentre à Paris. Il fait le voyage en Falcon 10. Coût : 14 200 euros payés par l’UMP. Mais un vol Paris-Madrid sur Air-France, c’est moins de 700 euros, ajoute Le Lab.
  • Un mois plus tard, c’est à bord d’un Beechcraft 200 que Fillon se fait payer par l’UMP un vol Paris-Grenoble-Le Mans-Paris. Douloureuse : 6435 euros.
  • Six mois plus tard, le 31 mai 2007, c’est en hélicoptère AS365N que le Premier ministre part de l’héliport d’Issy-les-Moulineaux pour Le Mans. L’ardoise se monte à 6593 euros.
  • Et six jours plus tard, il remet ça. Il retourne au Mans, toujours en hélico : et encore 6541 euros… (Pour mémoire, Paris-Le Mans en TGV, c’est 1 heure, et ça coûte 70 euros par personne). A quoi ça sert de construire des trains à grande vitesse ?

Justement, parlons-en, du TGV !

Quand Fillon part inaugurer un TGV en avion Falcon et fait croire qu’il est dans la voiture 11… du TGV

D’après un autre article du Canard Enchaîné n° 4520 (7), du 13 juin 2007, le 9 juin, François Fillon a pris un Falcon ministériel pour aller inaugurer le TGV-Est qui relie Paris à Strasbourg en 2 h 20. Fillon a préféré faire le parcours à bord d’un avion Falcon, accompagné du ministre de l’Écologie de l’époque : Alain Juppé ! L’information, dit Le Canard, n’aurait pas circulé si la présidente de la SNCF, Anne-Marie Idrac, ne l’avait pas révélée.

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Cerise sur le Falcon, Fillon a fait croire à la presse qu’il a fait le voyage dans la voiture 11 du TGV, qu’il a fait arrêter spécialement à Nancy-Metz, ce roublard, pour monter discrètement à bord !

En plus de tout cela, révèle encore Le Canard, celui qui veut aujourd’hui donner aux Français l’image d’un politicien rigoureux, anti bling-bling et économe a également dépensé, rien que pour l’année 2013, 10 000 euros de factures téléphoniques payées par l’UMP, 9 000 euros de billets de train et 4 000 euros de billets d’avion, toujours payé par son parti (8).

L’affaire Christine Boutin

Sur fond de rigueur budgétaire, Christine Boutin, qui touchait sa retraite de parlementaire (18 000 euros selon Le Monde), a été grassement rémunérée 9500 € par mois pour une «mission sur la mondialisation», avec voiture avec chauffeur, bureaux dans le XVe et un secrétariat particulier, soit un total qui arrive à pas loin de 20 000 € par mois. Le Figaro du 2 juillet 2009 (3) explique que cette largesse avec l’argent des autres— le vôtre qu’on vous a pris pour assurer leur train de vie et leur permettre de vous donner des leçons de rigueur—, était destinée à la faire taire :

«La présidente du Parti Chrétien-Démocrate (allié de l’UMP) a été écartée du gouvernement Fillon lors du remaniement de juin 2009. L’ex-ministre, dépitée d’avoir été «jetée» sans ménagement, pointe alors le manque de «courage» du Premier ministre Fillon. Durant les semaines qui suivent, elle multiplie les apparitions médiatiques, répétant à l’envi qu’elle a repris sa «liberté» et n’entend plus se laisser «museler», et le prouve en dézinguant ses ex-collègues à tout va : Fillon? «Il a tout renié».

Sous les pressions, Christine Boutin annoncera le 10 juin 2009 sur France 2 qu’elle renonce à la rémunération de sa mission, mais qu’elle l’a mènera à bien. Avec le recul, Boutin, qui avait été placée sur le banc des accusés comme si c’est elle qui avait décidé de s’accorder cette rémunération, et sur qui les médias avaient concentré toutes leurs flèches, a été jetée aux loups par ceux qui avaient décidé de lui offrir cette mission : le chef du gouvernement, François Fillon.

Christine Boutin ajoutera que «beaucoup de gens» étaient dans son cas, et que sa décision de renoncer à son salaire alors qu’elle touchait une retraite devait donc faire «jurisprudence» (4).

Ce ne sera pas le cas :

«Au sein du gouvernement de François Fillon, ils sont en effet dix ministres, rapporte Le Parisien du 13 juin 2010 ((5) en exercice et anciens parlementaires de plus de 60 ans, à bénéficier d’une double rémunération. C’est le cas du secrétaire d’Etat aux Relations avec le Parlement, Henri de Raincourt, 62 ans, du ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, 63 ans, de la garde des Sceaux, Michelle Alliot-Marie, 63 ans, de Jean-Marie Bockel, ministre de Justice, 60 ans…, Michel Mercier, 63 ans, Hubert Falco, 63 ans, Alain Marleix, 63 ans, Hervé Novelli, 61 ans, Christian Blanc, 68 ans, Patrick Devedjian, 65 ans, qui peuvent toucher le traitement ministériel (14 000 € par mois) + l’allocation retraite (1 932 € pour six ans de mandat au Sénat et trois fois plus pour ceux qui ont fait trois mandats) et 1 549 € pour cinq années passées à l’Assemblée nationale, somme qui se multiplie également.

Tout ça sous la supervision d’un Premier ministre Fillon de la rigueur…

Quand François Fillon recule sous les pressions de la rue

RTL (11) n’est pas convaincu que François Fillon ait tout à fait la fermeté dont il se vante. Et la radio rappelle que face à la rue, en 2003, François Fillon a baissé son pantalon. Il a reculé sur un volet de la réforme de l’Éducation qu’il avait portée entre 2004 et 2005.

Le 25 novembre dernier, François Fillon s’est vanté de ne pas plier sous la pression de la rue, en rappelant qu’il n’avait pas renoncé à sa réforme des retraites en 2003, alors qu’il était ministre des Affaires sociales.

Pourtant, écrit Clarisse Martin sur le site de la radio, «François Fillon n’a pas toujours tenu bon face à l’opposition citoyenne. Ministre de l’Éducation nationale entre 2004 et 2005, l’ancien sénateur de la Sarthe a porté une réforme de l’Éducation, avec un volet sur le baccalauréat visant à instaurer un système de contrôle continu.

Un premier mouvement a entraîné des manifestations rassemblant 100 000 élèves à travers la France. Entre février et mars 2005, les défilés se succèdent. Pour pouvoir faire passer le reste de sa réforme, François Fillon recule sur le volet touchant au baccalauréat. La rue est en partie victorieuse».

Le doute est fort chez les hésitants : Fillon a un programme courageux. Mais a-t-il le courage de ce courage ? Si 100 000 élèves l’ont fait reculer en 2005, ceux qui les ont manipulés comme des petits pantins n’ont pas oublié, et ils le feront plier demain, lui et la partie audacieuse de ses promesses de campagne.

Fillon, plusieurs fois épinglé par la Cour des Comptes

  • 2010, la Cour des comptes estime que le plan de relance de l’économie du Premier ministre Fillon, après la crise de 2008, a coûté bien plus aux finances publiques qu’il n’a rapporté en termes de croissance. (12)
  • 2011 : Les dépenses de sondage et de communication des ministères du gouvernement Fillon sont critiquées par la Cour des comptes. Elles feront l’objet d’une enquête menée par des juges du pôle financier. (13) Selon l’AFP (14), «le parquet national financier a ouvert le 29 juillet une information judiciaire contre X pour favoritisme et détournement de fonds publics.» Dans son rapport (17), la Cour déplore que «Certains sondages commandés par les ministères mélangent des questions relatives à la perception de l’action du ministre en tant que tel et d’autres touchant davantage à son image personnelle, en tant que personnalité politique».»Parmi les contrats visés, la Cour cite des marchés passés par Matignon, les ministères de l’Intérieur ou de l’Immigration avec la société Giacometti-Péron, donnant lieu à des dépenses de plusieurs centaines de milliers d’euros. L’un des dirigeants de ce cabinet, Pierre Giacometti, était conseiller de Nicolas Sarkozy lorsqu’il était à l’Élysée.»
  • 2015, la Cour des comptes estime que les prévisions du Premier ministre qui figurent dans les documents annexés au projet de loi de financement de la sécurité sociale sont «perfectibles». (15)
 
Fillon : un programme anti-familles

L'un des aspects les plus criants de l'imposture Fillon est celui de son étiquette "pro-familles", laquelle lui a valu un certain nombre de soutiens qui devraient sans doute s'intéresser davantage au projet de l'ancien Premier ministre. En effet, il ne suffit pas d'agiter le drapeau de la famille, comme valeur, pour devenir le défenseur des familles, comme réalité concrète et humaine. 

On pourrait d'abord évoquer tout ce qu'il n'y a pas dans le programme de François Fillon : aucune revalorisation des allocations familiales, pas de rétablissement de la demi-part fiscale accordée aux parents veufs et veuves (que son gouvernement avait supprimée !), et - rappelons-le tout de même - pas d'abrogation de la loi Taubira.

Mais le plus inquiétant est sans doute dans ce que ce programme contient. Sur le plan social, il s'agit clairement d'un programme anti-familles ! Dans le domaine de la santé, la restriction de la prise en charge par la solidarité nationale des seules maladies graves ou longues va représenter un surcoût considérable tant pour les foyers avec des enfants en bas âge (la varicelle, les grippes, la rougeole, ne sont pas des "maladies graves ou longues") que pour les personnes âgées. Sur le plan fiscal, l'augmentation de la TVA - qu'aucune autre mesure de baisse des impôts des familles classiques ne viendrait compenser - va lourdement, et principalement, impacter les familles populaires ou les classes moyennes. Enfin, quand François Fillon déclare "Il serait temps qu'on accepte qu'il peut y avoir des emplois précaires." (le 10 septembre dernier), on aimerait bien lui demander comment on peut bâtir des foyers stables avec des emplois précaires.

Non, François Fillon n'est pas le champion des familles que certains voudraient en faire, loin s'en faut. Face à son programme déséquilibré, brutal, dont la dérégulation est la seule règle, nous réaffirmons l'idée fondamentale de solidarité nationale et la nécessité du cadre protecteur - pour les familles comme pour les entreprises, pour la sécurité comme pour l'identité - de la nation.

L’affaire des sondages

2 millions d’euros versés par Matignon à un ami du Président Sarkozy pour des sondages passés en infraction des règles des marchés publics

Dans son édition du 3 septembre 2014, Le Monde (16), rapporte que «Le parquet national financier a ouvert le 29 juillet

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