L'obscénité présidentielle de Sarkozy

L'obscénité présidentielle de Sarkozy racontée par Patrick Buisson

Mardi 27 Septembre 2016 à 11:40

Louis Hausalter

Dans un livre explosif à paraître ce jeudi 29 septembre, Patrick Buisson, l’ancien conseiller de l’ombre de Nicolas Sarkozy, décrit un homme complètement obsédé par l’image qu’il renvoie, qu’il s’agisse de son couple, de la gestion des manifestations ou même du physique de ses ministres…

Patrick Buisson flingue Nicolas Sarkozy dans son livre. - SIPA/montage Marianne

Depuis longtemps, on savait Nicolas Sarkozy sujet à de fâcheux mouvements de girouette dans ses prises de position publiques. Dans un livre à paraître ce jeudi 29 septembre, son ex-conseiller Patrick Buisson, congédié en 2014 pour cause d’enregistrements intempestifs, décrit rageusement le pendant privé de cette stratégie de l’affichage permanent. L’Express publie ce mardi des extraits de La Cause du peuple (Perrin), cet ouvrage de 464 pages où l’on découvre un Sarkozy obsédé par son image personnelle.

Patrick Buisson décrit ainsi un président de la République s’enquérant avec insistance des effets dans l’opinion de son escapade à Louxor avec sa nouvelle compagne Carla Bruni, en décembre 2007. « En pleine lune de miel, il sembla frappé d'une incontinence du moi plus grave qu'à l'ordinaire », flingue l’ex-éminence grise. Buisson raconte cet appel inquiet de Nicolas Sarkozy à l’époque : « Y a-t-il des photos ? » Carla Bruni insiste : « Elles sont comment, les photos ? » Et deux jours plus tard, le chef de l’Etat interroge encore son conseiller : « Crois-tu que notre histoire à Carla et à moi aura un impact favorable sur le moral des Français ? »

Gérard Larcher, "trop laid" pour être ministre

En composant ses gouvernements aussi, Nicolas Sarkozy se préoccupait essentiellement, selon son ex-éminence grise, de l’image renvoyée par ses ministres. Le 21 juin 2007, le chef de l’Etat travaille sur le remaniement post-législatives. Et il aurait eu cette phrase rapportée par Patrick Buisson :

« Je sais bien que je suis le Tom Cruise du pauvre, mais enfin Gérard Larcher ministre, ce n'est pas possible : il est trop laid ! Tandis qu'avec Rachida [Dati] et Rama [Yade], on va leur en mettre plein la vue. »

Déjà, lorsqu’il était ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy se laissait aller à cette tentation de la mise en scène. Dans son livre, son ancien conseiller assure qu’il a sciemment laissé déborder une manifestation aux Invalides le 26 mars 2006, en pleine guerre du CPE. Voici ce qu’il racontait en petit comité, selon les propos rapportés par Buisson :

« Nous avions pris la décision de laisser les bandes de blacks et de beurs agresser les jeunes Blancs aux Invalides, tout en informant les photographes de 'Paris Match' de la probabilité de sérieux incidents. Nous avons tremblé à l'idée qu'il puisse y avoir un blessé grave. Mais, au fond, ça valait la peine d'endurer pendant une demi-journée les sarcasmes des médias. »

Commentaire de Patrick Buisson : « L'émotion fut en effet à son comble, après la publication dans la presse de photos dont l'opinion ne retiendrait qu'une chose : des hordes sauvages étaient entrées dans Paris. » Ce qui permettait à Nicolas Sarkozy d’apparaître ensuite comme l’homme de fer face à la crise, et de montrer « à quel point il maîtrisait la situation face à un Premier ministre englué dans un affrontement mortifère avec la jeunesse », référence à Dominique de Villepin, alors grand ennemi du futur président.

"Les valeurs du FN sont celles de tous les Français"

L’affichage plutôt que le contenu, c’est encore la façon dont Nicolas Sarkozy raisonnerait lorsqu’il s’agit du Front national. Car à l’entendre dans ce livre, ce qui cloche avec le parti lepéniste, ce n’est pas le fond mais simplement la forme. Patrick Buisson affirme ainsi l’avoir entendu dire dans une réunion en décembre 2005 : « Les valeurs du Front national sont celles de tous les Français ; c'est la manière dont le FN les exprime qui est choquante. Les Français n'aiment pas les plats trop pimentés qui emportent la gueule. » Rebelote entre les deux tours de la présidentielle de 2012, lorsque François Fillon pointe « l’incompatibilité des valeurs » entre le FN et l’UMP. Enervement de Sarkozy en petit comité : « Qu’est-ce qu’il raconte, Fillon ? Bien sûr que nous avons des valeurs communes avec le FN. »

Lire aussi :
>> Migrants : quand la droite double l'extrême-droite
>> A Calais, Sarkozy joue au grand méchant Trump
>> Souveraineté ou identité ? Marine Le Pen joue au petit
chimiste

Retour à l'accueil