Reportage au cœur d’un Molenbeek français.

Pacte avec le diable à Argenteuil


Clientélisme. PC, PS, LR… Depuis des années, les élus ont déroulé le tapis rouge à l’islam radical. Reportage au cœur d’un Molenbeek français.

« Désolé, mais vous ne trouverez rien ici. Il n’y a que des kebabs ! » L’homme qui daigne nous répondre, djellaba impeccable et barbe longue comme le bras, repart comme si de rien n’était, nous laissant à notre désarroi. Difficile de trouver le moindre bistrot traditionnel à Argenteuil. Les kebabs et les fast-foods halal ont cannibalisé le centre-ville. Même le restaurant de sushis, sur l’une des artères principales de la ville, s’est autoproclamé… « spécialiste asiatique halal » !

Cette situation ne date pas d’hier. Mais la découverte par la police, le 26 mars dernier, dans un appartement qu’occupait Reda Kriket, d’un véritable arsenal de guerre qui aurait pu servir à un nouvel attentat djihadiste en France a fini de convaincre beaucoup qu’il était temps d’ouvrir les yeux sur une réalité qu’ils ne voulaient pas voir. Et que l’immigration d’hier, qui avait fait les grandes heures de cette cité ouvrière lorsque les usines embauchaient à tour de bras Italiens, Polonais ou Espagnols, n’avait plus rien à voir avec celle d’aujourd’hui, dans une ville qui bat des records de chômage (17 %, quasiment deux fois supérieur à la moyenne nationale !) et qui agonise sous les dettes (lire l’encadré).

Après plus de cinquante ans de gestion communiste, cette commune emblématique de la “banlieue rouge” n’a plus rien à proposer aux nouveaux immigrants qui s’entassent dans cette ville, la troisième plus grande d’Île-de-France. Pas de véritables boulots. Des cités-dortoirs. Et des élus, par conviction parfois, par clientélisme surtout, qui se sont attaché les bonnes grâces de ces populations désoeuvrées à grand renfort de subventions. Au point de « s’accoupler dangereusement » avec l’islam radical, selon certains. Et de composer dangereusement avec l’islam, jusqu’à accepter qu’une élue de l’actuelle majorité LR pose avec son voile pour la photo officielle.

« Pourquoi vous voulez aller là-bas ? interroge une commerçante lorsque l’on demande la direction du quartier du Val d’Argent-Nord, centre de toutes les tensions de la ville. On n’y va jamais par plaisir… Vous ne verrez rien à part les tours et la mosquée ! », prévient-elle encore, avant de nous indiquer de la main la direction à prendre. Séparés du reste de la ville par une voie ferrée, les quartiers nord d’Argenteuil sont tout de suite reconnaissables : grands ensembles en béton grisâtre délabrés, tours fatiguées entourées de voies ferrées où circulent des trains de banlieue. L’imposante mosquée Al-Ihsan — l’une des plus grandes de France, 3 000 mètres carrés — donne le ton. Ici l’islam conquérant a pignon sur rue et ce n’est pas l’interdiction d’exercer d’un imam salafiste en 2004 qui a empêché l’islam radical de prospérer. En témoignent les couples croisés ce jour-là aux abords de la mosquée et les confidences des plus anciens, qui ont vu se métamorphoser leur ville.

Aujourd’hui, les femmes sont toutes vêtues du niqab, pourtant interdit par la loi du 11 avril 2011. Les hommes, portant des qamis, jettent des regards insistants, avec l’air de dire que nous ne sommes pas les bienvenus. Au pied des tours HLM, au lieu surnommé “la dalle d’Argenteuil”, les violences sont récurrentes. Cette année comme la précédente, de nombreux braquages de commerces ont été commis. Les murs couverts de tags et les affiches collées par dizaines révèlent les tensions omniprésentes. Sur un tract, on peut lire que « la cour d’appel de Rennes a relaxé les policiers incriminés dans la mort de Zyed et Bouna. Il aura fallu attendre dix ans ». Une référence aux deux adolescents décédés en 2005 après une course-poursuite avec la police, point de départ des émeutes de banlieue dont Argenteuil avait été l’un des théâtres. C’est aussi à cet endroit que Nicolas Sarkozy avait promis aux habitants qu’ils seraient débarrassés de « cette bande de racailles »

Une affiche à moitié déchirée interroge : “Les policiers sont-ils au-dessus des lois ? ” La récupération politique n’est jamais très loin : une affiche du Front de gauche indique en grosses lettres rouges “Non à l’état d’urgence, pour les libertés démocratiques”. C’est dans ce triste décor que, ce jour-là, des parents viennent chercher leurs enfants à la sortie de l’école primaire en bas des tours. Les femmes sont voilées. Certaines entièrement. « Mais non y a pas de problèmes ici ! », témoigne une mère de famille dont le foulard ne dévoile que les yeux. « Je n’ai que des amies ici », explique-t-elle, et ajoute : « Des amies… enfin, des femmes comme moi, quoi ! »

Une inscription en lettres noires, “nique la Bac” est écrite en bas d’un immeuble. Plus personne n’y fait attention. Les “petits Blancs”, retraités des usines Dassault et Renault, grommellent en silence contre « les caïds et les barbus », comme ils disent. Pour les plus chanceux, ils ne sortent plus de leur pavillon, pour ceux qui ont eu la chance de quitter “la dalle”. Ils ne reconnaissent plus leur ville. Et se demandent seulement s’il est encore possible de faire marche arrière ?

Socialistes, communistes et républicains ont semble-t-il joué avec le feu pendant de trop nombreuses années. L’ancien maire PS — et actuel député —, Philippe Doucet, régulièrement accusé d’avoir favorisé le communautarisme musulman à des fins électoralistes, s’en défend avec vigueur : « Sur les accusations qui sont faites à mon encontre, je ne suis ni choqué ni blessé, mais scandalisé ! », affirme-t-il à Valeurs actuelles. Pourtant, plusieurs faits troublants semblent contredire les affirmations de ce proche de Manuel Valls.

Comment expliquer, peu avant les élections législatives, l’embauche au cabinet de Philippe Doucet de personnes spécialement « chargées des relations avec la communauté musulmane » ? Pis, l’ancien édile, après les élections législatives de 2012, a mis en place un “conseil des cultes”. L’opposition tout comme certains membres de la majorité ont à l’époque alerté l’Observatoire de la laïcité du Val d’Oise — qui n’est pas une instance régionale de l’Observatoire de la laïcité dirigé par Jean-Louis Bianco — à la suite de ce qu’ils considéraient comme une dérive. In extremis, et sous menace d’une action devant les tribunaux, ledit conseil des cultes deviendra le “conseil du vivre-ensemble”… « Je suis pour le dialogue, quand d’autres préfèrent la guerre civile », rétorque encore Philippe Doucet pour se justifier.

Mais le “dialogue” fait souvent place à la séparation des communautés. Au marché Héloïse ce vendredi matin, différents groupes se regardent en chiens de faïence. Aux abords, des enfants roms sont allongés sur le trottoir pour faire la manche. Quelques mètres plus loin, deux évangélistes distribuent des Bibles, en partie traduites en arabe, « pour évangéliser encore plus ». Dans les grandes halles couvertes, les stands regorgent de produits alimentaires. Les boucheries halal tiennent une bonne place. Derrière la partie alimentaire sont installés d’autres étals : sacs de contrefaçon, parfums, bibelots… On trouve de tout. Pour les femmes, des vendeurs proposent de longues robes noires et des foulards. L’actuel maire de la ville, le Républicain Georges Mothron, concède que « ces dernières années, on a vu poindre un certain communautarisme » avant de rejeter la faute… sur son prédécesseur. « Doucet a poussé ce communautarisme, pas de manière officielle… Il l’a fait au niveau des logements, des emplois à la mairie par exemple », explique l’édile, qui ajoute qu’« en récupérant la mairie en 2014, la situation était épouvantable. Mon prédécesseur avait embauché, sur la seule année 2013, 377 personnes ! Il a ajouté 20 % de personnel, […] par clientélisme, pour acheter des voix, notamment de la communauté maghrébine ».

Si tout semble être de la faute de son prédécesseur, Georges Mothron tombe des nues lorsqu’on lui apprend que certaines femmes sont encore entièrement voilées dans sa ville… Dans cette guerre du “à qui la faute”, qui dure depuis plusieurs années, les Argenteuillais sont les premiers perdants. Mais pour Philippe Doucet, pas d’inquiétudes. Il a affirmé à Valeurs actuelles qu’« il n’y a pas de phénomène de montée de l’islam radical à Argenteuil », mais qu’il peut y avoir seulement « des individus radicalisés ». Question de point de vue.

http://www.valeursactuelles.com/pacte-avec-le-diable-a-argenteuil-61351

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