Pour gagner la guerre contre l’islamisme, il faudra la déclarer

-INFOS MILITAIRES SAMEDI

Pour gagner la guerre contre l’islamisme, il faudra la déclarer.

par Commandant GERARD

Depuis les années 1980, la France est soumise régulièrement, et de façon exponentielle, à des actes de terrorisme islamique. À l’issue des attentats du 13 novembre 2015, le Président de la République et le Premier ministre ont justement parlé de « guerre », précisant qu’elle serait longue. Très juste puisqu’elle dure depuis une vingtaine d’années. Mais, si nos forces armées frappent dans le ciel de Syrie et dans les sables du Mali, si nos soldats patrouillent dans les principaux lieux publics et devant certains lieux de culte, pourtant une mesure élémentaire n’a pas été prise… Celle de déclarer la guerre. Nos adversaires l’ont pourtant régulièrement déclarée, par des annonces fracassantes suivies d’actes dévastateurs. La force morale du Droit de la guerre appartient donc à l’ennemi, de même que l’initiative, la capacité à rayonner et à recruter.

Une guerre qu’on ne déclare pas est une guerre perdue

La Seconde guerre mondiale a été gagnée parce qu’elle a été régulièrement notifiée à l’Allemagne et aux puissances de l’Axe. Les démocraties occidentales, et en particulier la nôtre, ont vécu des moments très difficiles. Restés seuls en lice, la Grande-Bretagne et les États-Unis d’Amérique ont pris des mesures qui ont conduit à la victoire. Parmi celles-ci a été l’interdiction des mouvements fascistes, nazis et impérialistes japonais. Les fascistes britanniques d’Oswald Mosley défilaient avec leurs chemises noires jusqu’à l’interdiction de leur parti en 1940, au moment de l’évacuation tragique de Dunkerque et de l’arrivée de Churchill au pouvoir. Dès l’entrée en guerre, Roosevelt a interné ou renvoyé tous les immigrants qui témoignaient un attachement radical à l’Allemagne, à l’Italie et au Japon, leurs journaux ont été supprimés. Les nazis américains qui arboraient chemises brunes et croix gammées ont été interdits, leurs chefs emprisonnés pour la durée de la guerre. Par conséquent, l’Axe n’a pu mener d’opérations d’espionnage et de sabotage efficaces contre les démocraties anglo-saxonnes. La guerre a été gagnée. Depuis 1945, l’Occident a perdu toutes ses guerres, dont aucune n’a été déclarée, au mieux faites d’après un mandat de l’ONU. La Guerre froide n'a été gagnée que parce que les Russes voulaient vivre comme en Amérique et en Allemagne... Mais finalement ils vivent comme en Colombie pour citer librement Svetlana Alexievitch.

Désigner l’ennemi dans une déclaration de guerre formelle

L’Amérique a perdu ses guerres d’Afghanistan et d’Irak, placées malencontreusement sous l’acronyme GWOT, Global War on Terrorism… La Seconde guerre mondiale a été gagnée parce que nous combattions l’Allemagne et ses alliés, ce n’était pas une « Guerre globale contre les Panzers et les U-Boote ». Le terrorisme est un mode d’action tactique, pas un ennemi. L’ennemi est aujourd’hui l’islam radical qui, avec une persévérance implacable, courage et cruauté, a étendu sa sphère territoriale de l’Afghanistan au Nigéria, frappant aussi de la côte Est des Etats-Unis à l’Indonésie. Protéiforme et imaginatif, il crée et recrée sans cesse des organisations : GIA dans les années 1990, Al-Qaida dans les années 2000, Daech dans les années 2010... La France a essuyé deux coups majeurs en 2015 plus des dizaines d’actions secondaires. Or, à l’extérieur le diihadisme est traité militairement, mais à l’intérieur il est traité comme du grand-banditisme. L’Opération Sentinelle n’a rien empêché mais a désigné des cibles aux forcenés, tout en fatiguant nos unités dont la mission est de détruire l’ennemi par la manœuvre et par le feu, pas de jouer aux vigiles. La réponse s’avère inappropriée, car la guerre n’est pas l’affaire des juges, mais de l’exécutif et de la force armée. Le soldat n’a pas à requérir l’accord de la justice pour oblitérer un ennemi. Il doit être en accord avec le Droit de la guerre qui combat les moyens militaires, économiques et moraux tant de l’ennemi que de ses partisans. Passer de l’état d’urgence à l’état de guerre n’est pas une obligation technique dans un conflit de basse intensité car le Droit peut toujours être adapté par le législateur ou validé par le référendum.

Les avantages opérationnels d’une déclaration de guerre

Dans les années 2000, en incarcérant des djihadistes ou des résistants irakiens à Guantanamo et à Abou Ghraib, les États-Unis ne les ont pas traités selon la Convention de Genève, se sont laissés aller à des dérives qui les placent sous certaines accusations du Droit international et ont prématurément relâché des gens susceptibles de se radicaliser à nouveau. À l’inverse, une déclaration formelle de guerre permet d’incarcérer les combattants ennemis pour la durée du conflit plus une période de sécurité de dix ans. Officiers et troupes sont séparés dans des camps de prisonniers. Une rééducation par l’enseignement civique et par le travail permet de dépolluer les esprits, comme la « dénazification » par le passé. Le piège d’une relaxation précoce, toujours hasardeuse, laissée à la discrétion des juges, est évité.

Le nombre de djihadistes français partis en Syrie est en hausse, leur effectif est très vaguement connu. Sur place, ils rejoignent l’État islamique, Daech, qui a déclaré la guerre à la France. Dans une situation de belligérance mutuellement reconnue, ces djihadistes pourraient être inculpés pour haute trahison. Ils seraient transférables devant la justice d’un pays qui a souffert de leurs exactions, sous des chefs d’accusation tels que l’appartenance à une organisation terroriste ou la complicité pour crimes de guerre. Or, seule une partie des djihadistes sont judiciarisés et jamais pour haute trahison. Selon le Droit et les méthodes de la guerre, ceux qui ne se sont pas rendus ou n’ont pas été arrêtés restent des ennemis dormants et peuvent être traités comme « agents d’une puissance étrangère». Enfin, l’interdiction de tous les moyens de propagande et de soutien logistique est l’indispensable mesure pour tarir recrutement et achat d’armes.

Quand un pays allié héberge les moteurs Internet de diffusion de cette propagande, la déclaration de guerre et les alliances le contraignent à sévir. Les provocations vestimentaires, soutien aux valeurs radicales de l’ennemi, doivent être proscrites et poursuivies. On n’imagine pas des nazis en chemises brunes protestant contre le débarquement en Normandie dans les rues de Washington le jour du 6 juin 1944. Pourtant, même après des attentats meurtriers, on voit des radicaux manifester à Londres pour l’instauration de la Charia. En France, la seule persécution religieuse menée par la Justice va contre les crèches de Noël, une bien innocente tradition française… Cette persécution, même fondée en Droit, va dans le même sens que les persécutions antichrétiennes menées par les djihadistes. Nous ne sommes donc pas unis, nous ne le serons pas à l’avenir, pas plus que nous l’étions entre 1940 et 1944. Pourtant, il va nous falloir gagner cette guerre.

Sous-marin russe dans le golfe de Gascogne : Qu’en est-il ?

Par Mer et Marine

La présence d’un sous-marin russe dans le golfe de Gascogne, révélée la semaine dernière par le Nouvel Observateur, a été abondamment relayée par la presse française. Sans grande précision sur l’affaire puisque, c’est historiquement l’usage, la Marine nationale ne communique jamais sur les détections sous-marines que ses unités sont amenées à réaliser. Cela, pour des questions notamment tactiques.

La thèse du SNLE exclue d’entrée de jeu

Cela étant, la rédaction de Mer et Marine a fini par en savoir un peu plus sur cet « évènement », apparemment intervenu en janvier. D’abord, comme on pouvait logiquement l’imaginer, le mystérieux bâtiment, qui se trouvait dans les eaux internationales, n’était pas un sous-marin nucléaire lanceur d’engins, type d’unité qui a abondamment servi à illustrer les articles des media français abordant le sujet. Dédié à la dissuasion nucléaire, un SNLE est, par essence, fait pour éviter à tout prix d’être détecté et une présence si près des côtes françaises, alors que ces sous-marins sont basés dans la région de Mourmansk, serait une aberration opérationnelle. Un tel bateau n’a en effet aucune raison d’évoluer dans cette zone alors que ses missiles balistiques ont une portée d’au moins 8000 kilomètres. Et cela serait d’autant plus « stupide » que la dernière chose à faire pour un SNLE russe serait de s’approcher d’un pays comme la France, dont les forces navales, en particulier celles positionnées en Bretagne (là où sont basés les SNLE français), sont réputées comme faisant partie des meilleures chasseuses de sous-marins.

Des SNA en Atlantique depuis bien longtemps

Le cas du SNLE était donc à écarter, tout comme celui d’un sous-marin à propulsion conventionnelle, facilement repérable lors de sa descente du Nord et dont les Russes ne cherchent de toute façon pas à cacher les transits. Restait la possibilité d’un sous-marin nucléaire d’attaque, beaucoup plus crédible et peu surprenante, les SNA russes fréquentant depuis des décennies l’Atlantique. Et, comme leurs homologues occidentaux, ils ne ratent jamais une occasion de se rendre dans des zones intéressantes pour glaner tout renseignement à leur portée, à commencer par des signatures acoustiques alimentant les bases de données permettant d’identifier les unités d’autres marines.

Le « client » : un ancien SNLE devenu bateau espion

Cependant, ce n’était apparemment pas cette fois à la présence d’un SNA que la marine française a eu à faire. Le visiteur était un poisson autrement plus rare et spécial. Il s’agirait en effet de l’un des anciens SNLE russes transformés en bâtiments espions avec, en plus de leurs moyens électroniques, un dispositif leur permettant de transporter un petit sous-marin.

Un mini sous-marin nucléaire sous le ventre

La flotte du Nord dispose de deux unités de ce type. Le premier est l’Orenburg (ex-K 129), un ex-SNLE du type Delta III Stretch, mis en service en 1981 et converti au milieu des années 90 pour pouvoir mettre en œuvre un Paltus, mini-sous-marin à propulsion nucléaire de 53 mètres de long doté d’une coque en titane. Capable de plonger très profondément et de mettre lui-même en œuvre différents matériels et engins sous-marins, le Paltus, réalisé à deux exemplaires il y a 20 ans, a été imaginé pour les opérations spéciales. L’Orenburg, dont la tranche missiles a été débarquée et la coque allongée de 13 mètres pour atteindre 173 mètres de long, peut en transporter un sous son ventre.

Le Podmoskove mis à flot en 2015

Le concept étant toujours considéré comme pertinent, la marine russe a décidé à la fin des années 90 de convertir un autre SNLE. Il s’agit de l’ancien Vladimir du type Delta IV, mis en service en 1986 et qui avait été désarmé en vue de finir à la démolition. Finalement, il a été refondu au chantier Zvezdochka de Severodvink, où après de nombreuses années de travaux, il a été remis à l’eau en août 2015. Rebaptisé Podmoskove et officiellement transformé en unité scientifique pour l’étude des fonds marins, il a lui aussi vu débarquée sa tranche missiles, qui abritait 16 tubes de lancement.

Il peut, comme l’Orenburg, emporter un mini-sous-marin nucléaire. Mais il s’agit d’un nouveau modèle, le Losharik. Lancé en 2003 et opérationnel depuis 2007, cet engin de 60 mètres (74 selon certaines sources) serait, d’après les informations disponibles, armé par un équipage de 25 marins et conçu pour opérer discrètement, bien qu’étant capable en cas de besoin de se dérober à très grande vitesse (on parle de 40 nœuds). Il est doté comme les Patus d’une coque en titane, autorisant des immersions à grande profondeur.

Alors que la Russie aligne également trois sous-marins espions à propulsion nucléaire du type Uniform (69 mètres), entrés en service entre 1986 et 1994, c’est donc l’un des anciens SNLE, devenus bâteaux-mères, qui a été apparemment repéré dans le golfe de Gascogne.

Rien à voir avec les démonstrations de force de l’aviation russe

Information évidemment intéressante mais dont il faut toutefois relativiser la portée. Le fait que les Russes déploient des sous-marins devant les côtes européennes, dans le Nord, en Atlantique ou en Méditerranée, est tout sauf une nouveauté. De plus, il ne faut pas ranger la présence d’un sous-marin russe dans la même catégorie que les démonstrations de force effectuées l’an dernier par Moscou avec son aviation. On pense en particulier aux bombardiers stratégiques, accompagnés de chasseurs et ravitailleurs, qui avaient volé jusqu’en Manche en février 2015 et étaient repartis après l’arrivée d'avions de combat français. La manœuvre était autant destinée à prouver une capacité de projection qu’à s'offrir une séquence de communication, les Russes étant parfaitement au courant que leurs avions ne passeraient pas inaperçu, ce qui n’était pas le but.

Un jeu qui dure avec l’OTAN depuis la Guerre Froide

Avec les sous-marins, la situation est différente. Si, dans certains cas, la volonté de faire connaitre sa présence est réelle, à l’image du Rostov na Donu, dernier-né des unités à propulsion conventionnelle du type Kilo parti de Baltique pour rallier la Méditerranée orientale et y lancer des missiles de croisière sur la Syrie (le 9 décembre dernier), les bâtiments à propulsion nucléaire se veulent bien plus discrets. Dans cette optique, les SNA et autres sous-marins espions russes se livrent évidemment à des missions de renseignement, visant en autres les Occidentaux. Les forces de l’OTAN font exactement la même chose. C’est par exemple le cas dans le grand nord de l’Europe, où l’on peut aisément imaginer que certains déploiements, ainsi que les exercices de lutte anti-sous-marine menés aux confins de la Norvège, sont aussi l’occasion d’essayer de détecter autour de la mer de Barents les gros poissons russes sortant de leur tanière de Poliarny, près de Mourmansk.

Et ça ne date pas d’hier ! Aux grandes heures de la Guerre froide, dans les années 70 et 80, les fameuses missions « Eglefin » de la marine française voyaient ainsi régulièrement une frégate avec ses hélicoptères se rendre au-delà du cercle arctique pour capter les signatures des sous-marins soviétiques et les prendre en photo. A l’époque, l’URSS entretenait officiellement le secret le plus complet sur ses bâtiments, mais ceux-ci ne manquaient jamais, avant de plonger, de rester suffisamment longtemps en surface pour se faire bien voir des appareils occidentaux. Toutes antennes et mâts dehors, comme à la parade, ils ont laissé une incroyable collection de clichés de cette période. Il en allait de même dans les points d’appui soviétiques, comme le golfe de Syrte ou encore Socotra, au large de la Somalie. Et le jeu se poursuivait en mer, sous une autre forme, les unités de l’OTAN et leurs homologues soviétiques se livrant régulièrement à des manoeuvres « hostiles », devenues au fil du temps implicitement codifiées afin d’éviter les accidents.

Les jeunes marins surpris par le retour aux vieilles habitudes

Des pratiques auxquelles les marins d’aujourd’hui n’étaient plus vraiment habitués, la marine russe étant tombée très bas suite à l’effondrement de l’URSS. Mais sous l’impulsion de Vladimir Poutine, la flotte retrouve progressivement des couleurs et le chef du Kremlin n’a pas caché son intention de reconstruire une grande puissance navale. L’activité de la marine russe suit cette stratégie assumée et se renforce, les tensions avec les Occidentaux se traduisant de nouveau par quelques actions « spectaculaires ». On a ainsi vu lors de la crise ukrainienne des passages agressifs d’avions russes au-dessus des bâtiments américains ou européens, ainsi que des manœuvres assez « musclées » lors de rencontres de navires. Et puis, bien entendu, il y a la face cachée, sous l'eau, plus méconnue car plus discrète. C’est pourquoi la révélation de la présence récente d’un sous-marin russe près des eaux françaises a créé un certain émoi. Mais à la vérité, il ne faut pas s’en étonner.

De l’intérêt de maintenir de solides capacités anti-sous-marines

En revanche, cette histoire vient démontrer, surtout avec le regain d’activité et la montée en puissance de la flotte russe, que la France comme les autres pays européens doivent maintenir des capacités anti-sous-marines solides et performantes afin de sécuriser leurs approches maritimes. Car la présence de sous-marins étrangers a aussi pour but de tester le dispositif, toute faille pouvant être exploitée. Il convient donc, pour les marines européennes, de ne pas baisser la garde. D’autant que d’autres flottes montent en puissance, comme celle de la Chine, qui déploie désormais des bâtiments jusqu’en Méditerranée et ce n’est probablement qu’une question de temps avant que ses sous-marins viennent, comme on dit, « grenouiller » en Atlantique…

Guépard couleur amarante

La 11e brigade parachutiste (11e BP) est en mesure d’intervenir sur très court préavis, n’importe où dans le monde, par son système d’alerte : le guépard TAP. Elle est ainsi la principale capacité terrestre de réaction d’urgence de l’armée française en mesure de déployer 700 militaires en 12h.

La disponibilité immédiate de la 11e BP est garantie par un système d’alerte unique : la Quick Reaction Force /TAP (QRF = force d’intervention rapide) communément appelée Guépard TAP (troupes aéroportées). Cet échelon national d’urgence maintient ainsi en alerte un groupement interarmes aéroporté destiné à remplir une mission inopinée.

Forte de ses 7 500 hommes et femmes, tous parachutistes, la 11e BP est la seule brigade des forces terrestres à assurer une alerte permanente de ce type. Elle arme sa QRF/TAP à tour de rôle à partir d’un de ses quatre régiments d’infanterie renforcé de capacités interarmes (commandement, blindés, artillerie, génie, renseignement) ainsi que des modules spécifiques du 1er régiment du train parachutiste.

Au total, la 11e BP a ainsi la capacité d’engager un volume de près de 700 hommes articulé en deux échelons : un premier échelon d'alerte à 12h et un deuxième à 48h.

Les modes d’action de la 3ème dimension sont parfaitement adaptés aux théâtres d’opérations actuels (HARMATTAN, SERVAL, BARKHANE, CHAMMAL) et l’action par la 3ème dimension s’est révélée décisive pour la conquête des plateformes aéroportuaires de Gao, Tombouctou, Kidal et Tessalit en 2013.

Au cours des 11 derniers mois :

- 6 sauts opérationnels ont été réalisés dans le cadre de l’opération BARKHANE.

- 25 livraisons par air (77 tonnes de fret largués)

En 2015, le Guépard de la 11e BP a été déclenché trois fois, notamment pour intervenir sur le territoire national, à la suite des attentats à Paris en janvier et novembre. Le 14 novembre dernier, ce sont ainsi 300 parachutistes du 3e RPIMa qui ont été déployés en urgence, en soutien des forces de sécurité intérieure. Immédiatement opérationnels, les parachutistes avaient alors mené leurs premières patrouilles dès le lendemain dans Paris.

L’armée de Terre s’arme d’un pôle national des opérations aéroportées

Depuis 2011, l’état-major de l’armée de Terre et la 11e brigade parachutiste (11e BP) ont initié un projet de pôle national des opérations aéroportées (PN-OAP) sur le site de Toulouse-Francazal. Objectif : regrouper au même endroit l’ensemble des moyens et capacités facilitant tout déploiement de forces par la 3e dimension. Projet validé par le général de Villiers, chef d’état-major des armées, en mars 2015, la mise en œuvre est désormais en cours.

S’affranchir des élongations et raccourcir les délais d’intervention : la 3e dimension est intimement liée à la notion d’urgence. Pour assurer la phase de montée en puissance avant projection de l’échelon national d’urgence aéroporté, grâce au PN-OAP, commandement, soutien, conditionnement, projection, formation, entraînement et expérimentation seront rassemblés. Ce pôle permettra ainsi de concevoir et de planifier les opérations aéroportées, de préparer les ordres qui seront donnés, de rassembler, équiper et préparer les troupes avant d’être déployées. Une réelle capacité d’intervention immédiate pour l’armée de Terre qui permettra de combiner agilité et réactivité.

Cette capacité de projection rapide et efficace, renforcée par la création de ce pôle national, est essentielle. Les opérations aéroportées permettent en effet au décideur politique ou militaire de marquer sans délai sa volonté par une action à la dimension médiatique et psychologique particulièrement significative, concourant ainsi à la réalisation d'un effet stratégique ou opératif majeur.

Un regroupement des moyens sur la plateforme de Francazal contribue enfin à la préservation de la sécurité opérationnelle et garantit la sauvegarde et la discrétion nécessaires en évitant tout préacheminement lourd de troupes et de matériel.

Algérie: attaque jihadiste à la roquette contre un site gazier

par AFP

Des jihadistes ont attaqué vendredi à la roquette un site gazier exploité par des firmes étrangères dans le sud de l’Algérie sans faire de victime, trois ans après une prise d’otages meurtrière par des islamistes sur le complexe gazier d’In Amenas.

L’attaque, qui n’a été revendiquée dans l’immédiat, a visé le site de Khrechba près de la région d’In Salah, à 1.300 km au sud d’Alger, selon des employés et les compagnies l’exploitant, l’Algérien Sonatrach, le Britannique BP et le Norvégien Statoil.

« Vers 06H00, un groupe terroriste a attaqué à la roquette le site gazier à Krechba », dans le Sahara algérien, a déclaré sous le couvert de l’anonymat, l’un des employés du site joint par l’AFP au téléphone.

Le site visé, qui comprend deux bases de vie et un centre de production, est protégé par une clôture de sécurité le long de laquelle des militaires sont postés en permanence, selon lui. « Les obus semblent avoir été tirés de loin ».

L’armée est aussitôt intervenue pour empêcher une éventuelle intrusion des auteurs de l’attaque à l’intérieur du site, a-t-il ajouté.

Les autorités algériennes n’étaient pas joignables pour réagir et fournir d’autres précisions.

Dans un communiqué, la compagnie Statoil a elle aussi évoqué des « projectiles tirés de loin », en affirmant que ses trois employés étaient « sains et saufs ». Elle a ajouté qu’elle n’avait reçu aucune information sur d’éventuelles victimes et qu’elle avait mis en place une « cellule d’urgence » en Norvège et en Algérie.

Le groupe Sonatrach a annoncé lui aussi la mise en place d’une cellule de crise à Hassi Messaoud, plus au nord.
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Appel à la ‘vigilance’

De son côté, BP a indiqué dans un communiqué avoir été informé d’une attaque à la roquette qui n’a pas fait de victime. « Notre première priorité est la sécurité de notre personnel (…) Nous sommes en contact avec nos partenaires et nous cherchons à assurer la sécurité des personnes » sur place, a dit BP en faisant état de la suspension des travaux sur le site par mesure de précaution.

Cette attaque intervient trois ans après celle contre le complexe gazier d’In Amenas, également dans le sud algérien.

En janvier 2013, un groupe de 32 islamistes, venus du Mali, avaient retenu en otage des centaines d’employés du complexe gazier de Tiguentourine, à 40 km d’In Amenas. L’assaut des forces spéciales est lancé trois jours plus tard. Au total, 40 employés de dix nationalités seront tués ainsi que 29 assaillants.

Les « Signataires par le sang », une organisation islamiste proche d’Al-Qaïda, revendique l’attaque, organisée selon le groupe en représailles à l’intervention française au Mali.

Depuis cette attaque, les autorités algériennes ont chargé des agents de sécurité de l’Etat de protéger les sites économiques détenus par des étrangers.

Le patron de l’armée algérienne, le général Ahmed Gaïd Salah a appelé le 13 mars, lors d’une visite dans le sud algérien, à une vigilance accrue face à la « dégradation inédite » de la situation sécuritaire dans la région, où la Libye et la Tunisie voisine sont confrontées à des troubles liées à la mouvance jihadiste.

Renforcer les frontières

Le sud-est de l’Algérie est frontalier de la Libye, pays en proie au chaos où sévissent les jihadistes du groupe Etat islamique (EI).

Le nord-est algérien est lui frontalier avec la Tunisie, qui a été frappée en 2015 par trois attentats meurtriers spectaculaires revendiqués par l’EI et des attaques jihadistes le 7 mars d’une ampleur sans précédent à Ben Guerdane, ville proche de la Libye.

Alger a déployé des dizaines de milliers de militaires le long de la frontière avec la Libye et la Tunisie pour lutter contre d’éventuelles infiltrations de jihadistes, selon la presse locale.

Lundi, l’armée a annoncé avoir tué le chef d’un groupe armé algérien ayant rallié l’EI et la semaine dernière, elle a annoncé avoir tué trois islamistes armés non loin de la frontière tunisienne et saisi six systèmes de missiles anti-aérien stingers.

L’Algérie, membre de l’Opep, est l’un des principaux exportateurs de gaz au monde. Elle tire des hydrocarbures plus de 95% de ses recettes extérieures mais a perdu près de 50% de ses revenus extérieurs en raison de la chute des prix du brut.

Ses réserves de gaz seraient de 16 milliards de m3 de gaz conventionnel et de 20 milliards de m3 de gaz non-conventionnel, d’après les chiffres de Sonatrach.

Boomerang saoudien contre l’Algérie

Stratégie et politique

L’Algérie voit sa position envers le Maroc s’affaiblir dans le monde arabe sur l’affaire du Sahara occidental alors que l’Onu est plutôt proche de ses thèses, à savoir l’autodétermination.

Le Maroc est un allié sûr de l’Arabie Saoudite en s’engageant militairement au Yémen, en soutenant la proposition des monarchies du Golfe considérant que le Hezboullah est une organisation terroriste et, enfin, à participer aux manœuvres militaires (Tonnerre du nord) réunissant vingt pays sunnites, y compris africains (Niger, Soudan, Sénégal notamment) à la frontière saoudo-irakienne. L’Algérie n’a soutenu ni participé à aucune de ces initiatives alors que la Tunisie et la Mauritanie, autres pays maghrébins, y étaient.

L’Arabie Saoudite compte, en effet, investir dans les territoires sahraouis revendiqués par le Maroc comme étant les siens. Cette initiative est une aide économique supplémentaire dans un territoire où l’investissement européen est proscrit ainsi que la production. Le Maroc a connu d’immenses déboires dernièrement sur ce registre.

En défendant «l’intégrité du territoire marocain», l’Arabie Saoudite compte à la fois alléger les dépenses marocaines sur le plan militaire, pour faire face à l’Algérie, qui s’est considérablement renforcé sur ce plan, et sortir le Maroc de son isolement diplomatique. C’est aussi un signe fort envers l’Algérie.

Les «services» algériens sont persuadés que les Saoudiens peuvent fomenter des entreprises terroristes contre l’Algérie pour la punir. L’alerte n’est pas seulement sur les frontières orientales mais également occidentales.

Le président égyptien propose une stratégie « globale » contre les groupes jihadistes en Afrique

Le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, n’est pas très chaud à l’idée d’une éventuelle intervention militaire occidentale contre la branche libyenne de l’État islamique (EI ou Daesh), comme d’ailleurs les pays voisins de la Libye. Et il ne s’est pas privé de le dire dans un entretien accordé au quotidien italien La Repubblica.

« Il faut garder à l’esprit deux leçons : celle de l’Afghanistan et celle de la Somalie : il y a eu des interventions étrangères il y a plus de trente ans et quels progrès ont été enregistrés depuis lors », a ainsi demandé le président égyptien. « Les résultats sont sous le regard de tous, l’Histoire parle clairement », a-t-il ajouté.

Alors, que propose le maréchal al-Sissi? En premier lieu, toute initiative européenne ou internationale devrait être lancée « sur demande libyenne et sous le mandat des Nations unies et de la Ligue arabe », a-t-il dit. On n’en est pas encore là…

En outre, avant de lancer une opération militaire internationale en Libye, qui serait sous commandement italien, le maréchal al-Sissi estime qu’il faut répondre préalablement à 5 questions :

1/ Comment entrons-nous en Libye et comment en sortons-nous?

2/ Qui aura la responsabilité de reconstituer les forces armées et les appareils de police?

3/ Au cours de la mission, comment fera-t-on pour gérer la sécurité et protéger la population?

4/ Une intervention sera-t-elle en mesure de subvenir aux besoins et aux nécessités de toutes les communautés et peuples de Libye ?

5/ Qui se chargera de la reconstruction nationale?

Aussi, le président égyptien pense que le mieux est de soutenir l’Armée nationale libyennne (ANL) commandée par le général Khalifa Haftar. « Il y a des résultats positifs qui peuvent être atteints si nous la soutenons. Et ces résultats peuvent être obtenus avant que nous assumions la responsabilité d’une intervention », a-t-il dit.

Cette position est proche de celle avancée en décembre dernier par Jean-Yves Le Drian, le ministre français de la Défense. Les Libyens ont « eux-mêmes les moyens militaires pour enrayer la progression de Daesh donc il faut qu’ils s’unissent politiquement », avait-il dit à l’antenne de RTL.

Tout le problème est donc d’arriver à faire cesser les rivalités entre les deux clans qui se disputent le pouvoir en Libye… Et que le général Haftar fasse l’unanimité à la tête des forces libyennes. Ce qui est encore loin d’être gagné.

« Si nous fournisssons des armes et un soutien à l’Armée nationale libyenne, elle peut faire le travail mieux que n’importe qui d’autre, mieux que toute intervention extérieure qui risque au contraire de nous amener dans une situation qui nous échappe et qui provoque des développements incontrôlables », a insisté le président égyptien.

Par ailleurs, le maréchal al-Sissi pense que se focaliser uniquement sur la branche libyenne de Daesh serait une « grave erreur ».

« Les Européens regardent la Libye comme si le groupe État islamique était l’unique menace. (…) C’est une erreur grave (…) Nous devons être conscients que nous avons devant nous différents sigles porteurs de la même idéologie : que dire des réseaux d’al-Qaïda comme Ansar al-Islam, comme les shebab somaliens et jusqu’à Boko Haram en Afrique? », a-t-il dit.

Aussi, selon lui, il faut une « stratégie globale » pour empêcher la déstabilisation des pays de la région (à commencer par le sien, menacé à la fois à l’ouest par les jihadistes libyens et à l’est, dans le Sinaï, par Daesh). Faute de quoi, a-t-il prévenu, les Européens risquent de voir arriver « une vague de réfugiés deux ou trois fois plus grande qu’aujourd’hui. »

«C'est un complément opérationnel indispensable»

par Pierre Challier

Interview : Colonel Pascal Duhar, conseiller réserve du général commandant la 11e Brigade parachutiste

Que représente aujourd'hui la réserve pour la 11e Brigade parachutiste, principale force militaire de la région ?

Nous recensons environ 1 200 personnels. Chaque régiment dispose d'une Unité élémentaire de réserve et de complément individuel et on distingue deux types de réservistes : ceux qui servent à l'état-major et la compagnie, l'escadron ou la batterie de réserve, selon l'arme, dont la jauge théorique est de 139 réservistes, un effectif que l'on atteint à 85 voire 90 %.

Aujourd'hui, l'armée pourrait-elle fonctionner sans les réservistes opérationnels ?

Ce serait extrêmement difficile, notamment pour les états-majors où ce que l'on appelle les «compléments individuels de réserve (CIR), représente à la 11e BP environ 2/5e de l'effectif. Mais nous avons aussi un taux élevé de participation des réservistes opérationnels de la brigade pour les missions intérieures, les “missint” que sont Sentinelle et, moins connue, Héphaïstos, qui concerne la lutte contre les feux de forêts. Plus de 500 réservistes ont été engagés sur ces missions l'an passé soit environ 50 % de notre réserve, un complément opérationnel indispensable pour les militaires d'active.

De fait, Sentinelle impacte lourdement les unités, leurs cycles de préparation et d'engagement. Aujourd'hui, le ministre de la Défense veut porter à 40 000 le vivier des réservistes opérationnels, toutes armées confondues, d'ici fin 2018. Que faut-il améliorer en priorité pour atteindre ce but ?

On a déjà noté une augmentation de 20 % de notre recrutement en 2014 et l'an passé 24 formations militaires initiales du réserviste ont été organisées dans les unités de la 11e BP, qualifiant 251 personnes. Mais pour atteindre l'objectif de 24 000 postes de réservistes opérationnels pour la seule armée de Terre d'ici le 31 décembre 2018, il faut travailler avec les employeurs. La majorité des réservistes sont aujourd'hui «fantômes» : ils n'osent pas dire à leur employeur qu'ils ont une activité militaire et se débrouillent sur leurs congés, leurs RTT. Le regard de l'employeur peut-être bienveillant, mais pour un petit artisan avec trois salariés, c'est très difficile de se passer quelques jours de son employé. Il y a donc un effort national à faire, de partenariat, en commençant peut-être par les entreprises travaillant pour la Défense : elles sont environ 300 et seules 10 % d'entre elles ont signé un partenariat défense-entreprise. Le ministère de la Défense, lui, veut donner l'exemple, puisqu'il souhaite que ses personnels civils s'inscrivent dans la réserve opérationnelle.

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