Mon quotidien d’enseignant dans une ZEP

Mon quotidien d’enseignant dans une ZEP : Zone sous l’Emprise du Prophète

Fils d’enseignants. Ce n’était certainement pas le meilleur départ pour moi. Condamné à fréquenter l’école de mes parents, située dans une Zone à Urbaniser en Priorité. Les années quatre-vingt, les grands ensembles, l’immigration croissante et les problèmes qui vont avec… On est loin du petit Marcel Pagnol qui, du fond de la classe, regardait avec fierté son père transmettre les valeurs de la République à travers les pleins et les déliés calligraphiés sur le tableau noir. Sur les photos de classe, les petites têtes blondes se font rares : trois ou quatre pour vingt-cinq élèves. J’ai appris à être « l’autre », celui qu’on moque, le « fils de paysan », le « gaulois », le « céfran ».

J’ai réussi à passer à travers les gouttes durant mes premiers mois de cours préparatoire, le temps que les moins idiots comprennent que j’étais le fils du prof. Après, il a fallu composer : prendre des coups, subir le racket, encaisser en silence les menaces lancinantes des plus grands. J’ai mis du temps à comprendre que dans cette jungle, le gage de sécurité était d’appartenir à un clan, à une race. Parler arabe. Niquer l’autre avant de se faire niquer. J’ai longtemps baissé les yeux, évité les mauvais coins de la cour, j’en ai gardé la faculté de sentir les ennuis arriver, une sorte de détecteur à embrouilles qui vous permet de changer de trottoir avec le bon timing, sans attirer l’attention.

Durant ces années d’école primaire, j’ai vu mon père se faire agresser de nombreuses fois par des frangins ou des parents d’élèves qui ne toléraient pas qu’on ait pu punir la prunelle de leurs yeux. Il s’agissait souvent de grands échalas maghrébins, secs comme des coups de triques, que le quartier et les séjours en prison avaient rendu aussi inexpressifs que des macchabées. Ils me faisaient peur.

J’ai découvert, dans ce « Prison Break » miniature, la sensation étrange que procure la chaise vide à côté de la vôtre, lorsque vous apprenez que votre voisin de table n’est pas grippé mais tout simplement mort, noyé dans un étang. Plus exactement poussé à l’eau par le caïd de l’école, un Arabe, encore et toujours. Ce dernier nous racontera à la récréation, avec un sourire satisfait, comment il l’avait bousculer volontairement « pour rire ». La description de la lente noyade à laquelle il avait assisté avant d’alerter des riverains me marquera à jamais. L’enquête conclut à un accident : fin de l’histoire.

Il faudra attendre une dizaine d’années pour que la quasi-totalité de cette fratrie (une dizaine d’enfants) soit mise derrière les barreaux. Certains d’entre eux auront eu le temps de dealer, tuer, violer. Tous ces petits Arabes de la cité m’ont fait perdre mon innocence. L’école primaire m’a écorché, le collège et le lycée de cette cité ont fini par me tanner le cuir.

Ce n’est donc ni par vocation, ni par conviction que je suis devenu à mon tour professeur. Nos chers psychologues scolaires parleraient de reproduction atavique afin de régler un passif infantile. Je n’aime pas éduquer la progéniture des autres (n’est-ce pas là le rôle de leurs parents ?), je ne me sens pas l’âme d’une assistante sociale, je ne pense pas changer le monde en transmettant des valeurs post soixante-huitardes. J’aime instruire, c’est tout. Je veux leur donner des billes pour qu’ils se débrouillent tout seuls dans la vie. J’ose encore espérer que cela leur permettra de faire des choix éclairés et qu’ils ne sombreront pas dans l’obscurantisme.

Et puis, comme l’ont fait mes parents, je n’abandonnerai pas mon quartier, car ce fut celui de mes grands-parents avant de devenir une zone de non-droit. A la manière d’un Grognard napoléonien, je tiendrai la position. Là où l’Etat et sa police n’ont plus accès, je me fais un devoir d’y laisser ma paire de couilles plutôt que de fuir.

Ma formation a commencé par un séjour à l’IUFM (nouvellement nommés ESPE et plus anciennement connues comme Ecoles Normales). Les futurs professeurs y sont triés et formatés dans la plus pure idéologie gauchiste. Beaucoup s’y plient avec un certain plaisir, d’autres, comme moi, font mine. On y apprend en vrac « le vivre ensemble », « la gestion de la différence », « l’interculturalité », « l’égalité garçons-filles », « l’enseignement du fait religieux », «la mixité et l’intégration ». Tiens, parlons-en de la mixité : sur une promotion d’une centaine de lauréats professeurs des écoles, pas un Noir, pas un Arabe. Où sont passés mes comparses de l’école primaire ? Beaucoup ont, à l’instar de mes élèves d’aujourd’hui, fini par faire les guets pour des négociants en résine médicinale avant de finir grossiste dans une HLM.

Il faut croire que l’école publique est incapable de produire autre chose que des fonctionnaires, ou de futurs chômeurs dépendants des allocations de l’Etat. Ces jeunes désœuvrés des cités seront invités à venir remercier cet Etat providentiel par un bulletin de vote glissé dans l’urne, en échange d’un sandwich.

Les enseignants-moutons sont sélectionnés afin de ne jamais se rebeller et leur collaboration facilite la tâche des gouvernement successifs. Ils descendent de temps en temps dans la rue, certes, mais jamais pour les bonnes raisons. Ils n’auraient pas été nombreux à entrer en résistance en 39-45. Au mieux, ils se surveillent horizontalement les uns les autres (plus besoin de hiérarchie !) car seule la bonne parole bobo-gauchiste doit dominer.

Ces enseignants-moralisateurs, donneurs de leçons, sont les premiers à abandonner leurs principes quand il s’agit de leurs propres enfants. Ils ne les mettront jamais au contact d’un trop grand nombre d’étrangers, car, au fond, ils savent très bien à quoi s’en tenir. Alors ils trichent, inventent des prétextes, font le jeu des options et des dérogations que seuls les initiés peuvent connaître. Ils placent ainsi leur marmaille dans les collèges et lycées de centre-ville ou finissent par les transférer discrètement dans le privé. Ils font les gros yeux quand les dernières familles sensées retirent leurs enfants de nos écoles, suite à la strangulation de trop.

En effet, Les Zones d’Education Prioritaire (qu’on devrait plutôt renommer Zone sous l’Emprise du Prophète), tentent de faire cohabiter dans l’école de la République plus de vingt-cinq nationalités, du Tchétchène au Somalien, en passant par l’Algérien et le Syrien. En dehors des insultes de base, beaucoup ne comprennent pas vraiment le français (on les appelle les primo-arrivants). Les gamins issus de la deuxième ou troisième génération continuent à parler uniquement arabe à la maison. Leur accent pourrait laisser croire qu’ils sont arrivés la semaine dernière, mais non, ils sont ici depuis des lustres.

Chacun revendique la supériorité de son pays d’origine et de sa religion, bien souvent musulmane. Cela ne les empêche pas de se mettre sur la gueule pour un oui ou un non, les Arabes ne pouvant pas sentir les Turcs, les Manouches ne pouvant pas encadrer les Marocains, les Guinéens ne pouvant pas supporter les autres Africains… C’est Babylone version 2.0.

Il m’est arrivé de devoir expliquer à des parents débarqués de Mogadiscio (on remerciera au passage les associations locales qui entretiennent le flux migratoire) qu’ils ne pourraient assister à aucune exécution sommaire dans la rue, ces derniers m’affirmant dans un anglais approximatif que leur fils n’était si pas violent que ça, en regard des nombreuses exécutions auxquelles il avait eu le droit d’assister en famille. L’évocation du supplice du collier de pneus enflammé semblait d’ailleurs énormément amuser le patriarche au sourire édenté.
L’Islam baigne les enfants dans une haine permanente de l’autre. Pas étonnant, alors, de voir nos élèves démonter leurs taille-crayons pour en sortir les lames de rasoir afin de taillader la main du voisin. Les propos sexistes, homophobes, racistes, sont monnaie courante. Une directrice d’école maternelle me confiera qu’un père d’élève musulman lui avait asséné un « J’parle pas aux moukères, va me chercher ton mari ! ». Je crois n’avoir jamais vu d’élève juif dans une ZEP, je vous laisse deviner pourquoi. Au milieu de ce flot de violence, quelques larmes : une tante a été égorgée par son mari, un cousin a été poignardé et jeté dans le fleuve, les stups ont fait une descente, un braquage a mal tourné…

Pour couronner le tout, depuis une quinzaine d’années, on assiste dans les écoles à une nette montée de l’Islam. Voile, hijab, niqab, tchador… c’est un festival pour les yeux. Les mères d’élèves disparaissent du jour au lendemain sous des tissus imprégnés d’un message sans équivoque : « Je suis musulmane, j’en suis fière et je t’emmerde ». Elles refusent subitement de saluer les hommes, comme si le simple fait de se serrer la main devenait aussi intime qu’un rapport sexuel. Leurs filles n’y échappent pas ; il m’est arrivé de les entendre m’interpeller au supermarché sans être capable d’identifier de qui il s’agissait.

Notre ministre semble cautionner tout cela et autorise les mères voilées à entrer dans les écoles et à accompagner les sorties scolaires. Pendant ce temps, les élèves refusent de jouer de la flûte car « c’est l’instrument du diable », les croisades deviennent prétextes à pousser des hurlements, les cours sur la reproduction sont boycottés, Darwin et la classification animale sont brocardés puisque « c’est Allah qui a créé l’homme ». Et les pères dans tout ça ? Aux abonnés absents, on ne les connait qu’à travers l’entrebâillement des vitres fumées de leur Mercedes. Ils débarquent de temps en temps pour réclamer un menu cent pour cent halal, le régime « sans porc » n’étant plus jugé suffisamment pur, d’un point de vue religieux. Ils l’ont lu dans Dar Al Islam, je vous le dis.

Les trains de vie de ces familles sont parfois hallucinants, alors que le taux de chômage frise les 80% dans le quartier. Ils bénéficient de la gratuité dans les transports, la cantine ne leur coûte pas un rond, les frais médicaux sont pris en charge… je ne parle même pas des allocations logements et des allocations familiales qui peuvent devenir de véritables jackpots. Les classes moyennes triment dur et se serrent la ceinture, eux partent en vacances aux frais du contribuable. En retour, ils ne se sentent pas Français pour un sou, plutôt crever. Ils ne crachent même plus dans la soupe, ils pissent carrément dedans !

Heureusement, l’Education Nationale nous propose des solutions pour nous sortir de la panade. Les manuels s’adaptent à la population : « Khaled a 10 billes », « Kadijatou est triste », « Explique pourquoi Jamel Debbouze est un exemple d’intégration ? ». On éduque désormais au fait religieux avec un relativisme intellectuel désarmant, tout se vaut, tout est beau, tout il est gentil. La charte de la laïcité n’empêche pas les gamins de ricaner pendant les hommages aux victimes.

On ne fait plus d’orthographe, c’est mal. Le par cœur, c’est trop vilain. On valide un maximum de compétences, aussi minimes soient-elles. Ainsi la phrase « Jé fé de petar avé, mon peti freur ? » valide les items suivants : « Maîtrise de la ponctuation », « Utilisation de mots de différentes classes grammaticales », « Maîtrise de l’outil scripteur », « Respect de la consigne – écrire une phrase – ». Tout le monde aura sa pochette surprise « brevet / bac / licence », sans redoublement s’il vous plait, c’est désormais interdit et ça évite de trop se remettre en question !

Les sanctions sont devenues ringardes et contraires aux Droits de l’Enfant. Ainsi pour mieux gérer les classes, qui ressemblent de plus en plus à des zoos, on nous propose d’utiliser des ceintures de couleur, comme au judo. Fini le modèle coercitif, les élèves disciplinés deviennent ceintures noires, les emmerdeurs stagnent ceintures blanches. Autant vous dire que les petits musulmans sont plutôt mauvais au judo. Cependant, il ne faut surtout pas stigmatiser les empêcheurs d’enseigner en rond. Tout le monde redevient ceinture blanche le lundi !

Pour lutter contre l’absentéisme (certains élèves sont déscolarisés depuis plus d’un an), nos cavaliers sans tête, les directeurs académiques, n’hésitent pas à adopter les méthodes musclées d’Hadopi : ils envoient des lettres de remontrances ! Les gens du voyage en tremblent. On imagine bien que la solution serait d’envoyer les gendarmes, de couper les allocations, de retirer les gamins aux familles. Mais ce n’est pas très vendeur, ça ferait perdre des électeurs, et surtout c’est contraire à l’utopie gauchiste qui ronge depuis toujours le milieu.
Pour favoriser la maîtrise de la langue, on organise dans les écoles des cours d’arabe, en particulier pour les élèves ayant un parent issu de l’immigration. Oui, vous avez bien entendu, des cours d’ARABE. J’avais pu tenir en main les productions de certains élèves. La traduction indiquait que l’élève avait copié « La femme est impure une fois par mois, il faut s’en tenir éloigné ». Merci pour ces précisions essentielles, je ferai attention.

Enfin, pour éviter de faire ingurgiter par mégarde une fraise Tagada à la gélatine de porc, certains inspecteurs n’hésitent pas à interdire les goûters d’anniversaire à l’école. Ils remettent en question les activités pédagogiques menées autour de la fête de Noël (« Est-ce que ça a un sens pour ces populations ? », « Ne peut-on pas faire autre chose ? ») tandis que les classes se vident totalement le jour de l’Aïd, avec la bénédiction de notre hiérarchie. On saluera le courage de telles décisions tragi-comiques.

Vous souriez ? Mais tout cela est vrai. Et ce n’est qu’un dixième de ce qui se passe réellement dans les écoles publiques de la République de nos banlieues. Je pense aux élèves qui veulent s’en sortir, ceux qui ne jurent pas sur le Coran et qui ne souhaitent pas imposer leur culture où leur religion. Ceux qui veulent s’intégrer, apprendre et travailler. Je leur dis qu’on ne les oublie pas. Qu’on sera là, à leurs côtés. Pour les autres, parents, élèves, enseignants, je voudrais juste rappeler que le ver est dans le fruit et qu’il faudra se séparer de la partie pourrie. Nous n’en ferons pas l’économie, aucun retour en arrière n’est désormais possible. Il faudra se trouver du bon côté, car chacun devra rendre des comptes le moment venu. Le temps est venu pour tous d’agir et d’entrer en résistance. Nous vaincrons.

Charles Marteau

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