La nostalgie de l’Ancien Régime et de la coutume anglaise

La nostalgie de l’Ancien Régime et de la coutume anglaise

PUBLIÉ PAR BERNARD MARTOIA LE 3 JANVIER 2016

Le rituel message télévisé du président de la République française à la nation lors des vœux du nouvel an ne serait plus guère écouté.

C’est ce que laisse entendre le résultat sans équivoque d’un sondage réalisé, la veille de l’allocution, par Boulevard Voltaire auprès des internautes. 92 % d’entre eux ont voté qu’ils ne l’écouteraient pas.

Le désenchantement est massif

Il y a de multiples raisons à ce désaveu massif de l’opinion publique, à commencer par l’image du chef lui-même.

Force est de constater que le Hollande bredouillant et boudiné (1) n’a pas la superbe du machiavélique Mitterrand qui savait mentir comme personne. Nul ne sait si la fréquence de ses cillements trahissait une quelconque émotion liée à l’énormité du mensonge qu’il assenait à un auditoire captivé. Pas plus qu’à droite où un Chirac ou un Giscard n’arrivèrent à la cheville d’un Pompidou ou d’un De Gaulle dans leur maîtrise du verbe. A leur corps défendant, Chirac et Giscard étaient issus de l’ENA, le sérail de la république, où la conjugaison est rétrécie à l’usage exclusif du passé composé alors que le normalien Pompidou et le Saint-Cyrien de Gaulle maniaient avec aisance tous les modes de la conjugaison française réputée difficile.

Ecartons de cette galerie peu flatteuse le fougueux Nicolas qui rentra par la petite porte de l’histoire, le 8 février 2008, avec son désormais célèbre «Et ben casse-toi alors, pauv’con !»en réponse à une personne au salon de l’agriculture qui avait refusé de lui serrer la main qu’il lui tendait en invoquant «Ah non touche-moi pas ! Tu me salis.»

« A qui ressemble Sarkozy ? » s’interrogèrent très sérieusement les conseillers de la chancelière allemande avec le débarquement impromptu sur la scène internationale de ce personnage atypique avec qui on ne savait sur quel pied danser. Après une minutieuse enquête qui dura plusieurs mois où ils visionnèrent dans la salle privée de la chancellerie de Berlin d’innombrables films français, ils trouvèrent enfin la réponse. L’acteur Louis de Funès était le Français qui lui ressemblait le plus. Quand cette vérité jaillit dans leurs têtes carrées, les teutons furent en mesure de composer avec le caractériel de l’Elysée.

La personne qui incarne aussi mal l’autorité suprême n’est pas la cause mais la conséquence d’une sélection captée au profit exclusif de la nomenklatura mise en place en 1945.

La constitution de la Cinquième République fut concoctée par Michel Debré qui avait l’embarras du choix dans la longue liste de constitutions françaises (16 au total entre 1791 et 1958). A partir de ces textes disparates, il en rédigea une qui répondait aux aspirations du grand homme. L’inconvénient, c’est que l’habit est trop lourd à porter pour ses falots successeurs. D’où le désamour du peuple avec son souverain…

Debré fonda aussi l’ENA en 1945 qui allait devenir la nomenklatura de la Cinquième République. L’élection présidentielle française qui est la seule qui compte dans ce pays est aussi palpitante que l’histoire de la peinture automobile dans les années vingt. Henry Ford déclara, sans rire, à des journalistes “Any customer can have a car painted any color that he wants so long as it is black.” (Tout client peut avoir une voiture de la couleur qu’il veut, à condition que ce soit noir).

L’électeur français a le choix entre un énarque de gauche (Hollande) ou un énarque de droite (Chirac ou Giscard).

L’incapacité de la France à se doter d’un régime politique stable provient du cataclysme de 1789

Si la France détient le record de constitutions, cela traduit avant tout un manque crucial de stabilité politique. Iconoclaste, je n’ai cessé de penser comme Edmond Burke (2) que la France ne s’est jamais remise du traumatisme de sa révolution de 1789 et que l’Ancien Régime est celui qui convient le mieux à notre mentalité courtisane. Cinq républiques, deux empires (Napoléon Bonaparte et celui de son neveu Charles Louis), trois restaurations de la monarchie (Louis XVIII, Louis-Philippe 1er et Charles X) et le régime à part de Vichy (Pétain) se sont succédés en moins de deux siècles.

Quelle autre nation a subi pareils cataclysmes et soubresauts dans son histoire ?

C’est pourquoi, dans l’inconscient des Français, le président de la république fait office de monarque bienveillant. L’image d’Epinal de la France heureuse est celle du roi Louis IX, dit le Prudhomme, plus connu sous le nom de Saint Louis depuis sa canonisation en 1297. Il était réputé pour son sens du bien commun et aussi pour la justice qu’il rendait sous un chêne selon le roman national (3).

Autre écueil de la France, son absence de coutume politique

Alors qu’un sondage exclusif du Parisien montre que les Français ne veulent plus que Hollande et Sarkozy soient candidats en 2017, la réponse se trouve ailleurs qu’en France. Il ne suffit pas de coucher sur du papier des constitutions byzantines ne répondant qu’à l’urgence d’une situation donnée.

L’exemple de notre voisin d’Outre-manche nous l’a rappelé, en 2015, avec la célébration du huit-centième anniversaire de la Magna Carta, la grande charte des libertés imposée au roi Jean et respectée par ses successeurs.

La coutume anglaise est un autre exemple à suivre :

  • Les perdants des élections cèdent leur place à d’autres générations.
  • Les fonctionnaires ne peuvent pas se présenter à une élection sans démissionner de leur poste.
  • Le mode des élections est immuable.
  • Le suffrage uninominal à un tour à l’anglaise (first-past-the post or winner-takes-all) donne une solide majorité au parlement afin de gouverner.
  • Le suffrage uninominal à deux tours à la française donne aussi une majorité mais il a le défaut des intrigues (combinazioni du régime parlementaire italien) où les caciques s’arrogent le pouvoir au détriment de la volonté populaire.

Le désistement imposé par Valls aux listes socialistes en Nord-Pas-de Calais et en Provence aux élections régionales pour faire barrage au Front National est la caricature de cette démocratie dévoyée dont ne veulent plus les électeurs.

L’intéressé prétend avoir sauvé la cinquième république alors qu’il l’a tuée.

Mais qui se soucie de la coutume anglaise dans un pays bouffi d’orgueil dont sa déclaration des droits de l’homme de 1789 est reprise par l’universelle des Nations Unies (4) ?

Trop d’héritage semble avoir tué toute réflexion critique de bon sens en France.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Bernard Martoia pour Dreuz.info.

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