Qu’est-ce que le salafisme ?

Qu’est-ce que le salafisme ?

Salafisme, sunna, hadiths, wahhabisme, vrai islam, faux islam, sunnisme, chiisme : des mots souvent prononcés à tort et à travers.

Gabriel Robin

Juriste

SG du Collectif Culture, Libertés et Création du RBM

Dès après les attentats de Paris, tous les commentateurs se sont improvisés spécialistes de l’islam. Salafisme, sunna, hadiths, wahhabisme, vrai islam, faux islam, sunnisme, chiisme : des mots souvent prononcés à tort et à travers. Aucun journaliste,« expert » ou homme politique n’a su définir pédagogiquement ce que représentent concrètement ces concepts. Il faut dire que la télévision française s’est transformée en cellule d’assistance psychologique alors qu’elle aurait dû, plus que jamais, faire œuvre de transmission des savoirs. Bref, passons.

Au commencement de l’islam était la loi. Plus précisément la loi d’Allah, c’est-à-dire celle de Dieu. Le Coran, livre saint des musulmans, représente le verbe incréé d’Allah transmis au monde sous forme de révélations faites au prophète Mahomet par l’archange Gabriel. Ce verbe incréé se traduit en règles, en interdits, pour faire court en une pratique religieuse. Tous les musulmans partagent le Coran, mais nombreuses sont les divisions quant à la « bonne »pratique, à l’interprétation des hadiths (témoignages oraux de Mahomet) ou à l’authenticité de ces hadiths.

L’islam sunnite nous intéresse au premier chef pour plusieurs raisons : il est le courant musulman majoritaire en France et dans le monde (90 % des pratiquants), les terroristes islamistes se revendiquent du sunnisme. Tous les sunnites partagent les mêmes croyances (Coran et Sunna), mais ils se divisent en quatre madhabs (écoles juridiques) ayant des interprétations juridiques (fiqh) différentes de ces sources communes : le malikisme (majoritaire en France et dans le Maghreb), l’hanbalisme (Arabie saoudite), l’hannafisme (Turquie et Asie) et le chaféisme (Afrique de l’Est). Toutes ces écoles prononcent des fatwas qui désignent, en français, des « avis religieux » ayant force de loi pour les musulmans. Des avis religieux qui dépassent le droit international et peuvent s’appliquer à tous les musulmans, où qu’ils se trouvent dans le monde.

Auquel de ces madhabs appartiennent les salafistes ? Aucun. En effet, ces derniers sont des réformistes. Ils entendent reconstruire l’islam des origines, à la manière des protestants pour le christianisme, et prétendent pouvoir dépasser les fatwas des quatre écoles juridiques susmentionnées. Bien que ne respectant pas les avis d’une école juridique, ils sont sunnites. Au sein du monde sunnite, leur présence suscite de vives oppositions. Par certains aspects, ils sont les héritiers du wahhabisme du XVIIIe siècle. Ces deux groupes veulent créer des théocraties.

Au sein du salafisme, il faut opérer une summa divisio entre les quiétistes, les Frères musulmans et les djihadistes. Les premiers refusent la politique active, les seconds n’y rechignent pas, les troisièmes s’engagent dans le combat armé sans attendre. Tous ont pour point commun de s’affranchir des règles des madhabs, mais tous ne sont pas terroristes. En revanche, tous ont le même projet : restaurer l’islam des origines et convertir le monde entier à leur foi. Ils sont expansionnistes. En ce sens, les djihadistes ne sont que des quiétistes impatients qui respectent la pensée politique de Sayyid Qutb (Frère musulman égyptien et penseur théologico-politique) : internationalisme avec Allah en réponse au socialisme nassériste, révolution, hégémonie culturelle. Notons, d’ailleurs, que la plupart des djihadistes se sont formés chez les salafistes « pacifistes ». La France doit donc refuser de céder du terrain tant à l’islam de combat qu’à l’islam politique. Peu importe les bonnes intentions de façade.

Nota bene : certains salafistes quiétistes prétendent que l’État islamique est kharidjiste. Cela est faux. Si la pratique rigoriste (est mécréant celui qui accomplit un acte de mécréance) les rapproche, le kharidjisme est une vieille école sectaire islamique principalement présente au sultanat d’Oman.

Gabriel Robin

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