Le Drian abandonne le ministère de la Défense

Le Drian abandonne le ministère de la Défense pour contenir la montée séparatiste en Bretagne (Par Boris Le Lay)

BREIZATAO – PENNADSTUR (01/11/2015) Beaucoup d’observateurs s’interrogent sur les raisons qui peuvent pousser Jean-Yves Le Drian à abandonner le ministère de la Défense. Surtout à un moment où l’intensification des conflits offre à celui qui occupe ce poste des responsabilités à même d’alimenter un des premiers moteurs de tout politicien : son égo.

Sans nier la volonté du PSF de conserver la majorité au parlement régional, l’enjeu majeur est le suivant : ne pas laisser de vide politique qui, face à la faillite inévitable de l’état-providence français, pourrait voir l’émergence d’un mouvement séparatiste breton, identitaire, antifiscal et profondément contre-révolutionnaire.

Bretagne : foyer d’un nouveau cycle historique contre-révolutionnaire

Alors que l’armée française est impliquée en Syrie et en Irak où elle est alignée sur les puissances du Golfe et les USA, redevenir le président de la région administrative bretonne semble faire pâle figure. Difficile de préférer à la direction d’un ministère doté de plus de 30 milliards d’euros de budget celle d’une région qui ne dispose que de 1,5 milliards d’euros. Quoi de commun entre un ministère régalien à la visibilité internationale d’une part et une présidence régionale dénuée de réelles compétences de l’autre ?

Du moins, si l’on raisonne sur la seule base institutionnelle. On argue ici et là que c’est d’abord pour sauver le Parti Socialiste Français, donc la majorité gouvernementale, que Le Drian accepte de rempiler. Il est évident que cette urgence fait partie des calculs de l’actuel résident de l’Hôtel de Brienne. Mais le PSF est en danger dans d’autres secteurs, ce qui ne suscite pas de mobilisation particulière de la part des grands feudataires socialistes.

Certes, l’opportunité de quitter par la grande porte un gouvernement voué à la déroute en 2017 est un élément qui peut jouer dans la décision de Le Drian. Le manque d’entrain face à la perspective d’un conflit global au Moyen-Orient aux conséquences difficilement mesurables peut en être un autre.

Mais il y a surtout le risque d’une très grave crise en Bretagne.

Précédents historiques

La Bretagne est un théâtre historique de l’affrontement entre son peuple et le gouvernement français autour des questions de légitimité de la représentation politique. La révolte des Bonnets Rouges en 1675 était alimentée par la volonté du pouvoir royal de taxer la Bretagne sans l’aval du parlement breton. Ce qui amena à une insurrection populaire et à la promulgation d’une république éphémère.

On oublie aussi que les premiers troubles révolutionnaires ont eu lieu à Rennes, en 1788. Un des principaux acteurs de ceux-ci, le général Armand Tuffin de la Rouërie, héros de la guerre d’indépendance américaine et ami de George Washington, sera jugé si dangereux par le pouvoir royal qu’il sera brièvement embastillé. Mais, en libéral et démocrate convaincu, le même se retourne contre les révolutionnaires lorsque les républicains proto-communistes s’imposent en 1792 en exécutant le Roi de France, non sans que Paris n’ait aboli unilatéralement le parlement breton le 4 août 1789.

La Rouërie fonde alors le premier parti politique breton, l’Association Bretonne, qui est en réalité le premier parti national breton a combattre, les armes à la main, pour la restauration de l’autonomie bretonne via son parlement, ainsi que pour une synthèse “libérale monarchiste”.

La Bretagne comme thermomètre

On aurait tort de ne pas tenir compte de ces puissances dynamiques historiques. Ce n’est que par un effort constant du socialisme centraliste français, indépendamment des régimes en place à Paris, que la Bretagne a été réduite au silence. Conscience nationale, fossé culturel et linguistique, capital historique et crise économique convergent depuis 4 siècles en Bretagne pour alimenter le séparatisme.

Plus intéressant encore, les révoltes en Bretagne révèlent toujours une crise structurelle du gouvernement français. Les deux révolutions bretonnes de 1675 et de 1793 ont été des résistances démocratiques et identitaires face à la montée en puissance du proto-socialisme autoritaire en France. La crise de l’absolutisme royal de 1789 était annoncée par la révolution de 1675 en Bretagne. L’insurrection armée de 1793 était alimentée par une idée simple : pas de taxes sans représentation politique.

Nous sommes entrés cet automne dans un cycle historique majeur : celui de la désintégration des gouvernements centraux et de leurs politiques socialistes reposant sur l’emprunt. L’état-providence va bientôt imploser partout en Europe car aucune des promesses faites (retraites, etc.) n’a jamais été effectivement budgétée. Avec la chute historique du social-étatisme, la caste politique française – en réalité parisienne – ne pourra plus légitimer son autoritarisme par une redistribution massive d’argent.

Toute l’architecture de ce socialisme autoritaire (préfectures, bureaucraties de partis à direction parisienne, etc.) est au bord de l’effondrement. Face à son inévitable banqueroute et aux troubles sociaux inévitables qui vont l’accompagner, le gouvernement central guette fiévreusement le moindre foyer d’agitation, annonciateur potentiel du grand basculement historique.

Révolte des Bonnets Rouges

Lors de la révolte des Bonnets Rouges en octobre 2013, une nouvelle fois la Bretagne a été l’avant-garde de la crise historique française. La population a entrepris de se révolter contre une caste politique qui n’a de cesse d’accroître les régulations pour étendre son propre pouvoir, sans se soucier des résultats dans la réalité. A mesure que le socialisme s’effondre, les politiciens accroissent la pression fiscale dans l’espoir absurde de réduire les déséquilibres engendrés par ce même socialisme.

Je rappellerai ici que le député socialiste de Quimper et frère du Grand Orient Jean-Jacques Urvoas surveillait en personne, depuis un lieu sûr, la place de Quimper lorsque le maire de Carhaix Christian Troadec parlait à une foule de 30 000 Bonnets Rouges arborant des drapeaux bretons réalisés, 90 ans plutôt, par le nationaliste breton Morvan Marchal.

La rue était devenue dangereuse pour ce représentant du régime républicain.

L’actuel président de la Commission des Lois, par ailleurs ennemi déclaré des libertés publiques puisque ardent architecte des lois scélérates de surveillance massive de la population française, ne savait que trop bien ce qui était en train de se réveiller.

L’autre frère du Grand Orient, Jean-Yves Le Drian, a quant à lui jugé judicieux de s’entourer pour les élections régionales d’un idiot utile en la personne d’Olivier Le Bras. Cet ancien syndicaliste vaguement affilié aux Bonnets Rouges avant de les quitter est un anti-indépendantiste déclaré. C’est ce qui fait son intérêt pour la gauche socialiste française. Ce n’est certes pas pour son intelligence qu’il a été recruté mais pour servir de caution au stato-socialisme porté par le PSF et la maçonnerie révolutionnaire. Le GO, comme le PSF, savent qu’ils affrontent une crise historique et qu’ils contemplent leur propre effondrement. Mais leur réflexe de défense est aussi dérisoire qu’inopérant.

La dynamique historique actuelle ne peut être endiguée même si, dans cette dynamique, les manipulations de l’oligarchie en place sont possibles pour gagner du temps.

Réveil de la Bretagne identitaire et contre-révolutionnaire

Même si Le Drian n’était pas candidat, la Bretagne pourrait demeurer mathématiquement socialiste en décembre 2015. Le PSF parvient encore à rassembler de 30% à 35% de soutien dans l’opinion. Mais peu importe les partis, ce qui compte, ce sont les dynamiques dans l’opinion. Et la gauche qui rassemblait en 2010 près de 67% des votes n’en récolteraient plus que 46%.

L’anomalie historique d’une Bretagne située à gauche, elle qui est par définition une terre contre-révolutionnaire, identitaire et hostile aux fondements mêmes de la révolution française, est en train d’être résorbée.

Le gouvernement français dépêche Le Drian car le vide politique au plan régional pourrait aboutir, lorsque l’état central sera en faillite, à une révolution séparatiste alimentée par deux dynamiques convergentes : l’émencipation culturelle et identitaire d’une part, le refus des taxes imposées par un gouvernement français illégitime et incompétent de l’autre.

Paris sait qu’il a devant les yeux un scénario écossais et catalan en cours de formation. Certes, il n’y a pas en Bretagne de puissantes formations séparatistes. Beaucoup en concluent donc qu’il ne se passe rien de nouveau. En réalité, bien avant que les basculements politiques ne surgissent, c’est sur le plan culturel comme de l’inconscient collectif que les ruptures ont lieu. Et globalement, le réflexe identitaire breton est aujourd’hui la norme dans le peuple. C’est sur le périmètre ethnique et historique breton que se formera inévitablement tout nouveau cadre politique, puisqu’il forme déjà le “nous” dans la conscience populaire.

Les eaux souterraines font leur chemin

Cela ne veut pas dire que les gens, dans la rue, demandent l’indépendance. Comme tout processus historique, la pensée collective suit des dynamiques. Ce que disent les gens dans la rue aujourd’hui ne reflète pas ce qu’ils diront demain.

La chose a été parfaitement résumée lors de la manifestation des Bonnets Rouges à Quimper : seuls les drapeaux bretons flottaient au vent. Chose impensable il y a seulement 20 ou 30 ans. Le drapeau tricolore n’est plus, pour les Bretons, que le symbole des administrations : il ne les implique plus émotionnellement, si jamais il le fit. C’est le symbole de l’instance, pas de la substance.

Progressivement, les Bretons qui articulent encore loyauté au régime républicain et patriotisme breton, vont opérer la rupture consciente. Passer de l’inconscient national à la conscience nationale. Et recouvrer ainsi 1500 d’histoire propre. Ceci s’accélérera lorsque gouvernement central entreprendra d’accroître sa répression à mesure qu’il taxera la Bretagne. Plus le gouvernement central adoptera une politique autoritaire à tous les niveaux, plus les Bretons basculeront dans le séparatisme.

L’ancien chef des Bonnets Rouges, Christian Troadec, frôle actuellement les 10% dans les sondages. Ce qui importe dans ce chiffre, ce sont les intentions des masses que représentent ces 10%. Le régionalisme affiché par Troadec débouchera immanquablement, le moment venu, sur un indépendantisme en bonne et due forme. Ce qu’il importe de retenir, c’est la dynamique. Les conditions objectives conditionnent cette évolution.

Dans ce cadre historique général, la tâche qui échoie à Le Drian consiste à veiller à ce que la Bretagne, dont le PIB dépasse celui de la Hongrie, ne devienne pas une nation en révolte comme l’Ecosse au Royaume-Uni ou la Catalogne en Espagne. Ceci d’autant plus que les raisons de cette rupture, identitaire et anti-fiscale, sont présentes dans tout l’Hexagone. La Bretagne peut donc, au surplus, devenir le déclencheur politique de la sécession générale des populations de l’Hexagone.

Le Drian, comme frère du Grand Orient et socialiste historique, mais aussi comme représentant du gouvernement central, doit empêcher à tout prix que la Bretagne ne devienne un grave foyer de tension politique aux ramifications potentiellement incertaines.

Mais comme le cycle historique dans lequel nous sommes entrés va inévitablement aboutir à la faillite du gouvernement central comme du socialisme et de la planification, il est logique que la Bretagne, péninsule historiquement antagoniste au pouvoir parisien, devienne cette fois le point final du cycle entamé par la révolution française et le début d’un autre, traditionnaliste.

La seule question qui se pose aux Bretons actuellement est simple : qui vont être les nouveaux Cadoudal et La Rouërie qui, cette fois, vont remporter la victoire et libérer la Bretagne ?

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