Les Français sont les plus fainéants;honteà eux!!

La préférence française pour l’inactivité

JEAN-OLIVIER HAIRAULT / PROFESSEUR À L'UNIVERSITÉ PARIS-I ET À L'ECOLE D'ÉCONOMIE DE PARIS | LE 27/10 À 07:00, MIS À JOUR À 11:58

C’est un fait : la France ne crée plus suffisamment de richesse pour se payer son modèle social. Cette situation est le résultat d’une réduction volontaire et dramatique des heures travaillées en France depuis plus de trente ans.

Le déterminant principal de la richesse disponible dans un pays est en effet le nombre global d’heures travaillées par habitant, et cet indicateur est sans appel : lorsqu’un Français travaille 100 heures, un Allemand travaille 110 heures, un Britannique 124 heures, un Suédois 129 heures, un Américain 131 heures et un Canadien 139 heures. Ce décalage explique pourquoi la France n’en finit pas de dégringoler dans la hiérarchie des pays en termes de revenu par habitant, notre productivité élevée ne permettant pas de compenser de tels écarts. Notre retard de croissance reflète le recul très net des heures travaillées par habitant, 20 % en moins par rapport à 1975, tandis que leur volume est resté plutôt stable dans la plupart des autres pays.

Suffirait-il de réduire le taux de chômage français pour combler l’écart avec les autres pays et fournir le même nombre d’heures de travail ? C’est la première explication qui vient à l’esprit. Pourtant ce n’est pas la réalité. Si la population française travaille moins que celle des autres pays développés, c’est parce que la durée annuelle moyenne du travail et la part des actifs dans la population est plus faible. Autrement dit, il y a en France moins de personnes qui participent au marché du travail, et celles qui le font y passent moins d’heures.

De simples ordres de grandeur permettent de fixer les idées : une augmentation du temps de travail annuel de deux jours conduit au même résultat, en termes d’heures de travail globales, qu’un point de chômage en moins. Et élever de 60 à 65 ans l’âge de cessation d’activité serait du même ordre qu’annuler le taux de chômage ! On ne mesure pas en France combien un temps de travail réduit sur l’année, lorsqu’il s’applique à tous les emplois, compte bien davantage qu’un écart de chômage apparemment significatif. De façon analogue, on ne comprend pas suffisamment les conséquences dramatiques en termes de croissance du fait qu’une grande partie de la population cesse de travailler à 60 ans.

Ainsi, quand on décompose la différence d’heures travaillées en France par rapport à d’autres pays, on s’aperçoit ainsi que le chômage n’explique qu’une faible part de cette différence : moins de 10 % en général. L’essentiel s’explique par la durée annuelle du travail et la longueur de la vie active, en général de façon équilibrée. Seule l’Allemagne occupe une position singulière dans ce tableau général depuis quelques années. Le temps de travail annuel y est plus faible qu’en France, du fait d’un recours toujours plus important au temps partiel, qui a permis de diminuer fortement le taux de chômage. Mais, au total, le montant d’heures travaillées est plus important qu’en France.

Le déficit d’heures travaillées en France vient ainsi d’abord des choix malthusiens de la puissance publique : le mythe du partage du travail comme solution au chômage s’est traduit par une réduction du temps de travail sur la semaine, sur l’année, sur la vie active. La France a fait le choix de l’inactivité, et non du chômage, comme il est devenu courant de le dire. La réduction du temps de travail est une perte de production et de revenu. In fine, davantage de ressources sont consacrées au loisir, moins à l’activité économique. Il ne peut y avoir de miracle : le partage du travail fait baisser le revenu moyen dans l’économie par rapport à son potentiel de croissance. On peut aller plus loin, il crée même un surcroît du chômage. La France a fait le choix de l’inactivité en voulant éviter à tout prix le chômage. Elle a finalement récolté des deux !

Il faut en priorité augmenter l’âge de la retraite, réformer l’assurance-chômage des seniors, qui est en fait une préretraite universelle, et renégocier le temps de travail dans les entreprises et les branches.

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