Nous sommes en guerre

« Il y a des milliers de Jihadistes
potentiels ou dormants en France.
Pour 1 000 partis en Syrie,
combien sont partis ailleurs ?
Combien ne sont pas partis ?
Comment les gérer ? »

Entretien avec Gilles Falavigna et Marc Brzustowski, auteur, de Daesh et Hamas, les deux visages du Califat (Propos recueillis par Fabrice Dutilleul)

Votre ouvrage recoupe une actualité sanglante…

Nous sommes en guerre, mais elle n’a pas commencé avec les attentats de Paris. Ce n’en est que la tragique confirmation. Bien sûr, l’attentat contre Charlie hebdo est une attaque contre la liberté d’expression. C’est une attaque contre nos valeurs. Elle était tapie dans l’ombre depuis l’affaire des caricatures, l’assassinat de Théo Van Gogh, aux Pays-Bas, les Fatwas contre Robert Redeker et, plus anciennes, contre Salman Rushdie. Mais ce qui compte, maintenant, est de comprendre les motivations des jihadistes, l’expression protéiforme de leur ciblage. « L’apartheid français » concédé par Manuel Valls fausse complètement le message des mesures de fermeté pourtant annoncées. Le « tout est pardonné » des survivants ne vaut guère mieux. Avec cet attentat, tous les journalistes devront, qu’ils le veuillent ou non, garder en mémoire la menace d’être une cible et consciemment ou non, ils lisseront leur propos.

La manipulation des médias serait donc un des facteurs-clé de l’islamisation de la France et de l’Occident ?

Oui, le « politiquement correct », c’est « Nous sommes Charlie » qui devient, ensuite « Pas d’amalgame ». Par ce subterfuge, on s’interdit l’analyse qui commence par s’intéresser aux sources auxquelles puisent les terroristes islamistes et les marges « d’empathie » ou de compréhension qu’ils se sont constitués, par la conquête de certains esprits, au moment-même d’agir.

Dans Daesh et Hamas, les deux visages du califat,

vous expliquez les événements du Moyen-Orient,

entre autres par la concurrence entre Daesh et Al-

Qaïda…

La suprématie de Daesh en Syrie rendait obligatoire

des coups d’éclat d’Al Qaïda et c’est bien ce qui s’est

passé à Paris. Cette surenchère dans la

complémentarité des rôles est patente, dans les

revendications et cibles de Coulibaly (une stagiaire

de la police et l’HyperCacher de la Porte de

Vincennes, au nom de Daesh), à l’ombre des frères

Kouachi, concentrés à « faire payer » son

« blasphème » à l’équipe de Charlie, pour le compte

d’Al Qaïda du Yémen et de la Péninsule arabique.

Cette guerre n’est pas importée et ne vient pas de nulle part ou comme on veut nous le faire penser, serait l’œuvre de déséquilibrés ou d’extrémistes dévoyés. Elle est globale, civilisationnelle. Les mots ont un sens. Et mal nommer les choses est plus qu’ajouter au malheur du monde. Le théâtre des opérations de cette guerre est médiatique et juridique. C’est ce que nous tentons de démontrer dans notre livre et, malheureusement, l’actualité nous a donné raison.

Quelle va être l’évolution de la menace terroriste ?

Que la terreur soit grandissante est une évidence. L’asymétrie des conflits et des forces en présence engendre que le terroriste passe inaperçu, isolé. Les loups solitaires correspondent à la description trouvée dans les manuels des organisations islamistes, bien avant le 11 Septembre (dès les années 1990). Le sentiment d’insécurité développera l’insécurité et génèrera des émules au Djihad. Une multitude d’actes mineurs passe inaperçue et sape la société pour que la portée d’un acte majeur soit amplifiée. Il y a des milliers de Jihadistes potentiels ou dormants en France. Pour mille partis en Syrie, combien sont partis ailleurs ? Combien ne sont pas partis ? Comment les gérer ?

Quel est le fond du problème ?

De Paris à Washington, on nous exhorte à ne pas faire d’amalgame. L’erreur dans cette perception de l’Islam est de sous-estimer son ancrage juridique qui permet, qu’individuellement, un Musulman puisse être pacifiste et tout en étant, d’ailleurs, salafiste. Non, il ne s’agit pas de déséquilibrés à enfermer en HP pour quelques petites années et qui n’auront pas de procès. Mais cette réalité n’arrange pas le pouvoir !

Comment traiter le problème ?

D’abord par la reconnaissance et l’approfondissement de la connaissance de l’ennemi, d’une part. Il est urgent « d’appeler un chat un chat ». Ce sont les valeurs judéo-chrétiennes qui ont fait la grandeur de l’Occident. Alors un nouveau regard sur Israël peut être riche d’enseignements. Les citoyens de ce pays, cerné à 2 contre 100 par leurs ennemis sont plus en sécurité que nous le sommes en France. Les Juifs de France qui partent en masse l’ont bien compris. C’est aussi ce que réaliseront, peut-être, les Kurdes demain, si un autre conflit contre les milices chi’ites ne vient pas supplanter celui contre Daesh. Un retour précis sur les événements de Gaza et de Syrie en 2014, sur les parrains qui entretiennent ces mouvements – ce que propose cet ouvrage parce qu’ils sont intimement liés – permet cette analyse.

Daesh et Hamas, les deux visages du Califat, Gilles Falavigna et Marc Brzustowski, Éditions Dualpha, collection « Vérités pour l’Histoire », dirigée par Philippe Randa, 270 pages, 26 euros.

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