Zorbec le gras !

Il bluffe, triche, s’arroge le beau rôle, et personne vient à moufter !
Artois s’étrangle, tempête, morigène ses gens, fracasse lustres et vases, botte le cul des chevaux : le discours du roi a enfiévré ses esprits.
– Entendez les à nous faire croire qu’il est le sauveur du Pirée, le Protecteur des Cyclades, le Mécène de Socrate, de Platon et de Démosthène. Rien n’est plus faux ! Pipeau, bidon ! Il aurait maté la grosse Bertha, muselé le marchand de féta et mis tout ce petit monde au pas cadencé à des fins de signer un accord qui passe la corde au cou des Grecs. Il n’a fait que repousser les murs, avec le talent qu’on lui connaît pour la procrastination : du vent ! Des nèfles ! Et le voici, rose de contentement, l’œil chafouin, le menton tressautant, la lippe gourmande, à parler d’audace lorsqu’il vient à qualifier sa propre politique ! Avions-nous dissimulé à la face du monde que nous celions un coryphée qui se prend à présent de tancer Barack Ier, d’amener les mollahs persans à résipiscence ? Je me meurs, je passe et trépasse, les brasiers de l’Enfer s’ouvrent sous mes pas chancelants…
Ainsi que vous le lisez, ma chère et tendre, Artois se donne aux foudres. Et il ne mégote point, tout ainsi lorsqu’il se prend de moquer le ministre prussien des Finances, le comte Schaüble, qu’il surnomme « Dracula », et qu’il dépeint aussi pingre qu’un Souabe.
– C’est lui qui a raflé la mise, c’est la revanche du Traité de Versailles ! Et notre Zorbec le Gras qui plastronne, virevolte, papillonne, jabote, tresse sa propre couronne, tricote son panégyrique sous l’œil sceptique de Madame de Chazal, si plaisamment vêtue d’une sage robe de piqué rose thé. Peu lui chaut ! Il s’emballe, s’emporte, chevauche à bride abattue, vole de sujet en sujet, boit les obstacles tel le Bibendum, écarte les critiques, fouette les importuns, fend les blés sur son fidèle destrier nimbé de l’écume du triomphe…
– Mon ami, les fièvres vous gagnent ! Ce n’est point le roi que nous connaissons que vous nous peignez là : vos esprits enflammés vous égarent !
– Point ! Mon indignation est à l’aune de ses craques, de ses menteries, de ses bobards. Songez, Madame, qu’il fera feu de tout bois : il entend briguer un second mandat et que rien ni personne ne l’arrêtera !
– Mais le roi n’a rien mandé de tel ! Tout au contraire !
– Du bluff ! Il serait fou de l’avouer présentement car il spécule, ce bonimenteur, sur une baisse du désœuvrement pour se déclarer. Viendra-t-elle seulement ? N’en doutons point : il fera ou fera faire tout ce qu’il sied d’ourdir pour crever l’abcès. Dusse-t-il à ces fins multiplier les tâches les plus éthérées. Rien ni personne ne viendra contrarier son dessein. Voyez ainsi le sort qu’il réserve à Monsieur de Sarcosie lorsque son nom vient à être furtivement évoqué : une moue de dédain, une pichenette.
– Il est vrai, mon ami, que Monsieur de Sarcosie ne brille guère en ces temps au firmament de la Cour.
– Si fait ! Il s’est pris les pieds dans le tapis grec et s’est montré bien ratichon dans cette polémique sur le recyclage des églises en mosquées.
– Le Flou aurait-il le champ libre pour rempiler ?
– Dans le registre du déni, c’est un prince, un orfèvre : ce qu’il n’entend point n’existe point. Il a déjà oublié la crise grecque, il vogue vers d’autres cieux, ceux de l’azur de sa grande monstrance sur le climat prévue pour le début de l’hiver. Le voici à présent dans la posture du sauveur de la planète, du grand purificateur et des brumes, du rédempteur des plantes et des oiseaux, du démiurge suprême, du seigneur des glaces et des fleuves, tout à la fois Poseïdon et Zeus…
– Mon ami, votre passion pour la rhétorique vous transporte dans l’au-delà de l’entendement.
– Marquise, souffrez que j’use d’un trait un peu trivial pour qualifier l’épectase du roi : il a pris le melon. (*)

(*): et les melons, il aime ça ! C’est grâce à eux qu’il fut élu en 2012

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