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« Des fous ? Des loups solitaires ? Les spécialistes français du contre-terrorisme n’en croient rien.Pour eux, les djihadistes obéissent à un « mode opératoire » de nature quasi-militaire.[…] Ces gendarmes pensent avoir compris ce qu’était « la trame, la matrice » de ces « tueries planifiées », qui se répètent régulièrement, depuis les attaques de Bombay en 2008. Avec l’aide des unités antiterroristes étrangères, cette cellule a analysé les attentats, notamment ceux d’In Aménas (Algérie), de Nairobi et de Garissa (Kenya), du Bardo et de Sousse (Tunisie), de Bruxelles et bien sûr ceux qui se sont déroulés en France (Merah, Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher, etc.).

Surtout, ces enquêteurs ont lu l’abondante littérature des djihadistes, dans laquelle ceux-ci exposent leur stratégie et leurs tactiques de manière très claire. Leur grand théoricien « militaire » est Abou Moussab al-Souri, un Syrien. Il a publié un manuel de 1 600 pages, décrivant en détail ce que doit être l’action terroriste au regard des préceptes religieux. Surtout, al-Souri a critiqué Ben Laden, dont il était proche, à la fois quant à sonmanagement – un commandement très centralisé – et sa stratégie tournée vers des coups spectaculaires portés à « l’ennemi lointain », l’Occident. Ces options ont provoqué une réaction militaire et policière très forte des Etats-Unis et de leurs alliés, aboutissant à l’affaiblissement d’Al Qaïda, dont la mort de Ben Laden dans sa maison d’Abbottabad (Pakistan), en 2011, reste le symbole.

Une nouvelle doctrine d’action a été élaborée, arrivant à maturité vers 2004-2005. Depuis dix ans, celle-ci « percole » dans les milieux djihadistes, jusqu’à former leur « ADN » que l’on retrouve aujourd’hui de manière quasi systématique. Il s’agit de promouvoir des actions « décentralisées », sans ordres venant du sommet : un « solo jihad cimenté par une idéologie, un nom, relevant d’une technique de marketing et une méthode » militaire.Celle-ci a été baptisée la stratégie des « milles entailles » : faute de pouvoir porter un coup fatal à l’ennemi trop puissant, on lui inflige des centaines de petites blessures qui finiront par le terrasser.Dans leur littérature, les djihadistes, qui annonçaient en 2005 la proclamation du califat entre 2013 et 2016 (elle a eu lieu en 2014), s’attendent à la « confrontation totale » à partir de 2016 pour une « victoire définitive » après 2020.

Au cœur de leur mode opératoire, on trouve les Imghimassi, les « immergés ». Ce sont les combattants les plus honorés, les plus valeureux pour les djihadistes, au-dessus des moudjahdines et des chahids (martyrs). Leur nom renvoie à la lutte contre les Mongols, au XIIIe siècle, lorsque des soldats musulmans se jetaient au cœur de l’ennemi sans espoir de retour. Leur action n’est licite qu’à certaines conditions, « si et seulement si » : ils doivent évidemment agir au nom de l’islam, ne pas avoir l’intention personnelle de mourir (car le suicide est interdit par la religion), se trouver dans un rapport de force défavorable par rapport à l’ennemi et avoir l’intention d’entraîner avec soi le maximum d’ennemis dans la mort.

Tactiquement, leurs opérations de tueries planifiées, se déroulent en trois phases : destruction, retranchement, affrontement. Les assassinats ont lieu durant un temps très court, entre 30 et 90 minutes – ce qui ne laisse pas de temps aux unités contre-terroristes pour intervenir. Un maximum de personnes est alors tué : la « courbe de létalité » grimpe très vite pour se stabiliser durant le deuxième temps, celui du retranchement – avec ou sans otages – durant lequel les terroristes sont volontairement assiégés, puisqu’ils ne cherchent pas à fuir. Au contraire, ils attendent les forces de sécurité pour pouvoir les affronter en face-à-face, au moment de leur choix. « Ils ne se rendent pas. Ils sont là pour nous affronter », indique-t-on au GIGN. […]«

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