Hollande, l'ami normal des parrains du djihadisme

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Hollande, l'ami normal des parrains du djihadisme

Par Pascal Riché

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Le président français est ce lundi soir à Ryad pour parler des enjeux du Moyen Orient, du Rafale... Mais pas des horreurs du régime saoudien.

François Hollande, lors de sa visite en Arabie Saoudite en janvier 2015 à l'occasion de la mort du roi Abdullah (YOAN VALAT / POOL / AFP)

La monarchie saoudienne, qui est ce qu’il y a de plus proche du régime rêvé par les islamistes radicaux de tout poil, accueille ce lundi soir 4 mai son ami François Hollande, président normal.

Ce dernier sera reçu avec plus que les honneurs. Il aura notamment le privilège insigne de participer à une réunion avec les chefs d’Etat du Conseil de coopération du Golfe, dont le souverain saoudien est le leader : une première pour un dirigeant occidental. Il faut dire que les Saoudiens apprécient énormément la politique moyen-orientale de Hollande, déjà surnommé "François d'Arabie", qui s’est montré très ferme face à Damas ou à Téhéran. Il a clairement choisi son camp, celui des monarchies sunnites du Golfe, à la différence de Barack Obama qui suit une diplomatie plus brouillonne.

Dans un contexte lourd d’enjeux, les sujets de discussions franco-saoudiennes ne manqueront pas : l'Etat islamique et autres groupes terroristes ; les ambitions de l’Iran, qui normalise peu à peu ses relations avec l’Occident ; le récent remaniement du pouvoir à Ryad ; les frappes aériennes menées par le royaume contre la rébellion houthiste au Yémen… Mais François Hollande et sa délégation entendent également se livrer à quelques danses des sept voiles pour vanter le Rafale, l'avion longtemps maudit et qui connaît enfin quelques succès à l’exportation, avec les récentes commandes du Qatar et de l’Inde.

Des deux côtés, on multipliera donc les amabilités et les paroles sucrées. Peu de chance de voir le président François Hollande évoquer la question des droits de l’homme.

Et pourtant, le régime avec lequel il est le nouveau grand ami est un des pires au monde. Pour rappel :

  • L'Arabie Saoudite inspire tous les mouvements islamistes radicaux. Le wahhabisme reste la forme la plus conservatrice, rigoriste et puritaine de l'islam. Le salafisme radical en est l'enfant. Selon les services de renseignement occidentaux, les donateurs saoudiens demeurent la principale source de financement des groupes terroristes sunnites du monde entier. A noter que 15 des 19 terroristes du 11 septembre étaient saoudiens.
  • L’Arabie Saoudite est le seul pays au monde dans lequel les femmes n’ont pas le droit de conduire. L’asservissement de la femme (qui reste sous la tutelle de son père, de son mari, de son frère, de son fils…) est l’un des fondements du régime wahhabite. Autoriser celle-ci à conduire serait un symbole d’affranchissement insupportable aux yeux des autorités.
  • La peine de mort se pratique couramment en Arabie Saoudite pour des crimes divers : meurtre, vol à main armée, trafic de drogue, apostasie, adultère, sorcellerie. Généralement au sabre. Parfois par lapidation -en cas d'adultère. Les décapitations s'accompagnent parfois d'une crucifixion sur la place publique, histoire de renforcer l'effet dissuasif de la peine. En cas de vol, les juges peuvent opter pour l'amputation de la main droite.
  • L’Arabie Saoudite, comme dans un ce ces régimes qu’on croise dans les films de science-fiction, est dirigée par une caste de super-riches, la famille royale, 4.000 personnes environ. Elle vit dans un luxe étourdissant, grâce à l’argent jaillissant des sables. En face de cette caste, une population souvent pauvre, avec un taux de chômage de 12% et du double chez les jeunes.
  • La presse y est bridée, Internet sous surveillance serrée. Le royaume figure en 164e place sur une liste de 180 pays dans le classement mondial de la liberté de la presse 2015. "Le royaume applique une censure implacable à ses propres médias et à Internet, multipliant les condamnations de netcitoyens", juge RSF dans son dernier rapport, exemples à l’appui. Ainsi, le blogueur Raef Badaoui, 30 ans, qui avait osé dénigrer la police religieuse, a été condamné pour blasphème à dix ans de prison et 1.000 coups de fouet.
  • Le royaume n’accepte aucune liberté religieuse. Il condamne à mort ceux qui s’aventurent à lire la bonne aventure. Il fouette les chrétiens qui se laissent aller au prosélytisme.

François Hollande ferme les yeux sur ces petits détails : il considère visiblement que la clarté de sa politique étrangère (et commerciale) au Moyen-Orient est à ce prix : elle impose des alliances sans nuages.

Mais cette absence de nuages, de distance vis-à-vis de ces pétro-monarchies autoritaires, d’indignation face aux violations des droits de l’homme ne fait que nourrir une contradiction fondamentale. D’un côté, François Hollande est "en guerre" contre le djihadisme, que ce soit au Mali ou sur le sol français. De l’autre, le même François Hollande s’oblige à faire des courbettes aux parrains et aux modèles de ces même djihadistes. En matière de clarté, on fait mieux.

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