“Charlie” : Hollande n’a rien compris

Le chef de l’État croit revêtir les habits présidentiels en prolongeant l’“esprit” du 11janvier. Pendant ce temps-là, la maison France brûle et notre identité s’étiole peu à peu.

Depuis le 11 janvier, François Hollande est Charlie. Qu’est-ce que cela veut dire ? Rien. C’est bien pour cela qu’il répète à tous ses interlocuteurs qu’il veut préserver aussi longtemps que possible l’esprit de ce 11 janvier, où 40 chefs d’État et 4 millions de Français ont défilé ensemble contre le terrorisme qui a frappé la capitale. Le seul problème, c’est que François Hollande est en lévitation depuis ces jours tragiques et n’a toujours rien compris de ce qui s’était passé. De fait, il apporte des fausses solutions aux vrais problèmes que ces événements ont révélés.

Bien sûr, François Hollande a su gérer ces trois jours de terreur qui ont ébranlé la France. Bien sûr, sa main n’a pas tremblé quand les forces de l’ordre ont demandé l’autorisation de lancer l’assaut et d’abattre les terroristes. Bien sûr, il a enfin pris conscience (mais avec quel retard !) que la France était devenue la cible principale de l’État islamique et de tous les djihadistes planqués dans les cités ou dans des zones de non-droit. Mais pour autant, à la “guerre sainte” qui nous a été déclarée, le chef de l’État n’a toujours pas apporté la moindre esquisse de riposte.

À l’occasion de la cinquième conférence de presse du quinquennat, il devait annoncer des dispositions pour renforcer le service civique, à défaut de rétablir le service militaire, que 80 % des Français réclament, et la réserve citoyenne. Mais qui va s’occuper des jeunes en déshérence qui vont opter pour ce service civique et avec quelles ressources ? Alors que notre pays n’a plus assez d’argent pour équiper de gilets pare-balles efficaces nos troupes combattant dans le Sahel. Le plus grave est de constater que le chef de l’État n’a pas compris que la République constitue un tout. Qu’elle ne se partage pas en une Journée de la laïcité, un couplet de la Marseillaise, un bout du drapeau tricolore et quelques heures d’éducation civique.

La République est une et indivisible. Depuis un peu plus de deux siècles, cette phrase est en tête de toutes nos Constitutions. C’est à force de l’avoir oubliée, méprisée, voire piétinée, que nos dirigeants de tous bords ont laissé émerger une France de communautés, ont laissé tomber l’instruction publique obligatoire, ont méprisé l’autorité et ont bafoué tous les piliers de la société : la justice, l’ordre, le travail ou la propriété. Et voilà qu’un président sans idées, sans stature et sans culture propose de redonner de l’élan à cette épouvantable politique de la ville, qui a consisté depuis quarante ans, à déverser des milliards pour permettre à des populations qui n’aiment pas la France de chasser des Français de souche et d’imposer leur mode de vie avant d’importer un choc de civilisations.

Au moment où l’Europe se disloque sous les coups de boutoir d’une extrême gauche qui est bien décidée à mener la politique de la terre brûlée ; au moment où la situation économique du pays continue à se détériorer malgré les baisses du prix du pétrole et de l’euro par rapport au dollar ; au moment où nos forces armées sont engagées sur trois fronts différents avec des moyens de plus en plus limités, le chef de l’État croit revêtir enfin les habits présidentiels en tentant de prolonger ce fumeux “esprit” du 11 janvier. Pendant ce temps-là, la maison France brûle, de plus en plus vite, et notre identité se disloque à toute vitesse. Car, comme l’a écrit Alain Finkielkraut, les bien-pensants « ne veulent pas voir ce qu’ils voient » !

Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir quelles sont les modalités du service civique, de quelle manière on enseigne l’éducation civique, à quoi sert la Journée de la laïcité : autant de mesures aussi efficaces qu’un marin qui voudrait vider la mer à la petite cuillère. Il s’agit de reconstruire la République par ce qui réunit tous les jeunes Français dès le plus jeune âge, c’est-à-dire l’école. L’école élémentaire — la plus importante ! —, celle où l’on apprend le langage, l’écriture, le calcul, la curiosité, mais aussi les interdits, les normes, le respect et l’autorité. Les crèches également, qui sont trop souvent des garderies où l’on ne parle plus français que très rarement.

Tout cela, François Hollande ne l’a toujours pas compris. Sa volonté, maintenant, ce n’est pas de répondre à ces vraies questions de fond qui fissurent la République. C’est de rester Charlie, de continuer à se croire porté par une population très éloignée de la France des invisibles et du pays réel. Ce faisant, c’est une faute lourde qu’il commet. Car il se voit déjà au second tour de la présidentielle face à Marine Le Pen. Sans imaginer que ce scrutin peut se retourner contre lui avec une violence inouïe.

kerdrel@valmonde.fr@YdeKerdrel

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