Le droit sans la force n’est rien, la force sans le droit c’est la tyrannie"

Rapport du Géneral après la session de l ’IHEDN ?

« Après ces dix huit jours inoubliables à travailler ensemble, à vous forger des amitiés dont certaines seront définitives, à voir les choses différemment, voici ce que, comme votre entraîneur et un peu ouvreur de voie, je voudrais vous dire en toute liberté bien sûr et avec mon franc-parler habituel !

« Le monde est complexe et dangereux.

« Il est loin des blocs que nous avons connus des décennies durant, aussi bien que de la fin de l’histoire que l’on nous annonçait voici vingt ans, et encore plus loin de la paix définitive qui aurait permis d’engranger les dividendes de la paix chers à des hommes à la courte vue.

« Ce monde, notre monde, reste dangereux. Comme les prophètes que personne n’écoutait dans les années 1930, je ne cesse de dire que le décuplement des dépenses militaires en Extrême-Orient depuis dix ans devrait nous inciter à mieux surveiller les diminutions insensées que subissent les nôtres. Dans l'Histoire en effet les mêmes causes produisent les mêmes effets et il y a donc tout à craindre des abandons qui se produisent chez nous.

« Mais encore faudrait-il voir le monde comme il est et non comme beaucoup voudraient qu’il soit.

« Méfions-nous du prêt à penser. Il est presque toujours faux et ordonné à des fins peu recommandables.

« Non le Kosovo n’est pas meilleur après la campagne qu’y ont conduite les alliés en 1999, montée suite à une incroyable guerre d’intoxication médiatique

l’on sait : l’occupation de toute l’Europe sauf la Suisse, et aussi les camps de concentration. Nous n’avions pas voulu lire Mein Kampf, non plus que méditer les pensées de Lénine et voir les camps soviétiques, qui mèneraient l’un à Katyn et l’autre à Treblinka ou Sobibor.

« "Le droit sans la force n’est rien, la force sans le droit c’est la tyrannie" disait à peu près Pascal. Souvenons-nous-en.

« Enfin, je voudrais insister sur le sens des mots. Discutant avec plusieurs d'entre vous pendant la session j'ai une nouvelle fois constaté que les mots n'avaient souvent pas le même sens pour l'un et pour l'autre. Je pense à un échange récent sur le mot République dont mon partenaire me disait que Pour lui la république c'était…

« Or, là est le danger : nous n'avons pas à dire que pour nous un mot veut dire telle chose ; nous devons au contraire nous référer à sa définition exacte sinon plus aucun échange n'est possible. (Voir l'article de Luc Sommeyre : LE MAL DES MOTS.)

« Reprenant l'exemple de la République, je lui disais que celle-ci se définit par trois critères et seulement trois : un gouvernement collégial qui obéit à des lois et dont le mode de succession n'est pas dynastique. Un point c'est tout !

« La République romaine était-elle démocratique ? Non ! Mais c'était tout de même une République.

« Donc, ne confondons pas les mots les uns avec les autres. Ainsi de la Démocratie [3], qui peut parfaitement trouver sa place dans un système monarchique comme en Grande-Bretagne et ainsi de suite.

« À notre époque où le dialogue semble érigé à la hauteur de vertu et de principe cardinal des relations sociales, travaillons donc à ce qu’il qu'il soit possible au travers de mots employés dans leur juste sens. Nous aurons alors fait un grand pas vers la clarté et de saines relations interpersonnelles.

« J'insiste : cette question de la précision du vocabulaire est absolument essentielle si l'on y réfléchit bien.

« En conclusion :

« Il nous faut chasser l’idéologie, quelle qu’elle soit, de droite ou de gauche. C’est une maladie mortelle de l’esprit car elle fait voir la réalité au travers de systèmes d’idées, qui sont autant de lunettes déformantes.

« À l’idéologie il faut opposer le principe de réalité qui veut que les choses soient ce quelles sont, que cela nous plaise ou non. Alors on peut agir en espérant ne pas trop se tromper.

« Il n’y a pas de bons camps de concentration (cubains, nord-coréens, chinois) dont on ne parle jamais, et de mauvais, les nazis, dont il faut sans cesse se souvenir.

« Il y a eu et il y a des camps de concentration où des innocents sont morts et

meurent encore dans des conditions atroces.

« Il n’y a pas l’antisémitisme, évidemment condamnable, des néo-nazis, et sa variété excusable, celle des islamistes, qui est passée sous silence.

« Il y a l’antisémitisme (qui d’ailleurs est un antijudaïsme), un point c’est tout.

« Au nom de quoi devrait-on condamner l’islamophobie si l’on ne le fait pas de la papophobie ou de la christianophobie ? A-t-on vu un Chrétien chaldéen ou un melchite se faire sauter dans une mosquée d’Irak ? Un seul ? Dès lors, comment mettre sur le même pied les intégrismes ?

« Il existe quand même une différence de nature entre un zélateur d’Al-Qaeda et un Mormon, je crois.

« Distinguer souverainement le bien du mal, ne pas mettre à égalité le bon et le mauvais s’appelle aussi : Liberté.

« Il nous faut être convaincus que la France est et reste une grande puissance. Du moins si elle continue de le décider.

« Aujourd'hui, combien de pays ont-ils une représentation diplomatique dans le monde comparable à la nôtre ? Un seul.

« Combien de pays disposent-ils de sous-marins lanceurs d’engins totalement conçus, fabriqués, maîtrisés par leur gouvernement national dans le monde ? Trois, et pas la Grande-Bretagne.

« Combien de pays disposent-ils de porte-avions de premier rang à catapulte avec une flotte aérienne adaptée, moderne et entraînée ? Deux.

« La France est au premier rang de toutes les grandes négociations mondiales, elle dispose d’un siège de membre permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU, ses avions volent dans tous les cieux de la planète. Elle est au premier rang de la technique, de l’art, de la littérature.

« Elle est au premier rang des pays possédant un patrimoine multiséculaire, admirable et entretenu.

« Elle est au premier rang de certains travaux de recherche, elle inonde une partie du monde de son rayonnement culturel, artistique, commercial, d’influence, et ce depuis neuf siècles sans discontinuer !

« Quand la France parle, on l’écoute, parfois on la jalouse et on la brocarde de temps en temps, mais on l’écoute et son message est souvent reçu.

« C’est un fait.

« Cependant… restons modestes et cessons de donner des leçons au monde entier, car, comme d’autres, nous n’avons pas que des qualités. Le blanc de notre drapeau n’est hélas pas immaculé. Nous avons aussi de graves défauts : nous sommes souvent arrogants, légers, hâbleurs, désunis, insupportables.

« Nous voulons répandre les Droits de l’Homme sur le monde, mais nous avons inventé le génocide sous le terme de populicide, puis l’avons mis en

œuvre en Vendée en 1793. Nous sommes (avec raison) pour la tolérance religieuse, mais… des Dragonnades de Louis XIV [4] aux baptêmes républicains de Carrier à Nantes ou aux lois d'Émile Combes en 1905 [5], nous savons aussi persécuter nos concitoyens pour leurs convictions religieuses…

« Cependant et tout bien considéré, soyons fiers de ce que nous sommes, mais avec mesure.

« Soyons fiers de notre héritage multiséculaire, en ayant conscience de ce que nous sommes les débiteurs insolvables des richesses léguées par nos ancêtres.

« Nous ne pourrons jamais rembourser cette dette, qui nous oblige.

« Mais soyons aussi convaincus que cet héritage est fragile et peut s’effondrer en quelques années, voire quelques mois si des événements dramatiques venaient à se produire et auxquels nous n’aurions pas fait face à cause de notre impréparation, de notre inconscience, ou par inconsistance ou imprévoyance.

« Voyez comme s’est écroulé l’Ancien Régime en quelque semaines [6], ou encore le Tsarisme, le Communisme, la Vienne impériale, sans parler des Empires romain, moghol, khmer ou aztèque…

« Ce formidable patrimoine, notre patrimoine (matériel et immatériel) est fragile et se trouve entre nos mains.

« Alors restons vigilants et combattons les idées dangereuses pour l’avenir, tout en travaillant d’arrache-pied à l’unité de notre nation, qui en a de jour en jour plus besoin.

« Nous savons de mémoire séculaire, depuis Bouvines pour le moins, que la France unie est victorieuse des défis.

« Désunie elle se dissout et, qui sait, pourrait disparaître.

« Cela ne se doit pas. »

Général Alexandre Lalanne-Berdouticq

NOTES du Général Lalanne-Berdouticq :

[1] Grand comme un département de chez nous : 10 000 km2 et un million d’habitants…

[2] Dix estropiés au départ d’un cent mètres olympique ne feront pas un champion !

[3] Dont la caractéristique essentielle est que le siège de la souveraineté se tient dans la personne du peuple, qui délègue ou non son autorité à des

mandataires (démocratie directe ou indirecte).

[4] Contre les Protestants.

[5] Contre les Catholiques.

[6] Il a succombé à des crises multiples et simultanées : économique avec des dettes abyssales et une fiscalité inopérante et injuste, une défiance du peuple dans ses élites qui ne le représentaient plus, l’incapacité du système à se réformer et un pouvoir impuissant qui refusait de voir la réalité. Comparons avec aujourd’hui…

Qu’est-ce que l’IHEDN ?

C’est l’Institut des Hautes Études de la Défense Nationale que je préside. Nous organisons des sessions en région autour de grandes thématiques. Cette fois le thème retenu était : « L’Union européenne en recherche de sécurité intérieure et extérieure ».

Qui participe à ces travaux ?

Nous étions 72 auditeurs pendant six semaines dont 18 jours de travail effectif. Globalement, les sessions rassemblent 15% de militaires, 35% de fonctionnaires de tous les ministères et le reste est composé de socioprofessionnels du monde privé ou libéral.

Les commissions élaborent des rapports dont certains sont envoyés au Ministère des Affaires Étrangères. Par exemple, lors d’une session précédente, nous avons élaboré des scénarios de sortie de crise en Afghanistan.

Quel bénéfice pour les participants ?

Ces réunions permettent d’acquérir une meilleure connaissance de la situation nationale et internationale mais aussi une meilleure connaissance interprofessionnelle. À l’issue, cela constitue un réseau de 10.000 membres en France qui tissent des liens d’amitié et conversent sans langue de bois.

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