Ils éssaient de nous hypnotiser par le Mondial.

L’abrutissement par le football

Cela va donc durer jusqu’à la mi juillet. Si l’équipe de France est éliminée rapidement, les effets seront moins importants. Si ce n’est pas le cas, ils peuvent se révéler considérables. Et si l’équipe de France arrivait en finale, voire gagnait, François Hollande remonterait de manière vertigineuse dans les sondages. Le chômage, la pauvreté, l’insécurité ambiante seraient oubliés pendant quelques semaines, quelques mois peut-être.

Je n’ai, je dois le dire, jamais compris l’engouement populaire et massif pour le football. Celui-ci a toujours été pour moi source de consternation. Celui-ci n’a cessé de me rendre dubitatif concernant la rationalité de nombreux peuples et concernant leur capacité à contribuer à des prises de décision démocratiques en connaissance de cause.

Le spectacle de grands garçons, souvent à demi analphabètes, payés des millions d’euros pour taper dans un ballon m’a toujours laissé indifférent. Je me suis souvent dit qu’il vaudrait mieux leur donner un ballon à chacun pour régler leur problème.

Voir, ce qui va de pair, des stades entiers remplis de gens vociférants, éructant des onomatopées, criant, trépignant de joie ou de tristesse selon le sens du vent ou le cours du jeu m’a toujours laissé un sentiment de malaise : peut-on être adulte et se comporter ainsi ? Voir des gens réagir devant leur téléviseur comme s’ils étaient dans un stade m’a toujours conduit à désespérer de mes contemporains. Voir que des pays aux motifs très suspects tels que Qatar usent du football pour pénétrer les esprits faibles ne m’a pas surpris, hélas.

D’autres sports provoquent des engouements indéchiffrables et des réactions dégradantes, mais aucun autre ne suscite engouements indéchiffrables et réactions dégradantes au degré où le football peut les provoquer. Aucun autre ne suscite les comportements racistes qu’on a pu observer en divers points d’Europe lors de divers matchs. Aucun autre n’a vu des clubs de supporters se rallier à des idées fascistes. Aucun autre ne conduit à des émeutes provoquées par le désespoir si une équipe a perdu ou à l’exubérance frénétique si une équipe a gagné. Aucun ne conduit à ces élans nationalistes absolument débiles qui conduisent, sous prétexte qu’une douzaine de types payés pour utiliser leurs pieds (ou leurs mains pour le seul gardien de but), à hurler « on a gagné » et à se déplacer en voiture en klaxonnant et en exhibant je ne sais quelle banderole. En quoi le fait que la douzaine de types en question a réussi mieux que la douzaine de types leur faisant face (et réussi quoi?) peut-il pousser un nombre incalculable d’autres à hurler « on a gagné » ? Ceux qui hurlent seraient eux-mêmes incapables de répondre.

Jusqu’à la mi juillet en tout cas, Boko Haram et l’Armée islamique en Irak et au Levant pourront continuer à tuer en masse, Bachar Al Assad pourra continuer à utiliser des armes chimiques, l’Ukraine pourra continuer à se décomposer, les grévistes professionnels en France pourront continuer à faire grève si cela leur sied, il en sera à peine question dans les journaux et à la télévision. Savoir si tel ou tel Français converti à l’islam s’est foulé la cheville ou si tel ou tel Brésilien s’est rasé la moustache sera infiniment plus important. Des spécialistes de la spécialité viendront disserter des heures sur les plateaux. Des politiciens feindront de s’enthousiasmer, et montreront, à juste titre, hélas, qu’ils prennent leurs électeurs potentiels pour des abrutis.

Pour ce qui me concerne, je vais pouvoir me consacrer à la lecture. Je vais pouvoir aller au cinéma sans risquer de me trouver devant une salle affichant complet. Je vais regarder les chaînes de télévision américaines pour continuer à m’informer. Aux Etats Unis, le « soccer » n’est pas très populaire, et l’équipe américaine n’ira sans doute pas beaucoup plus loin dans la compétition. Les sports qui suscitent l’engouement sont le football américain, le basket ball et le base ball, mais ils ne provoquent pas des réactions semblables à celles que provoque le « soccer » en Europe ou en Amérique latine. C’est très bien ainsi. L’engouement américain pour le « soccer », parfois évoqué en France, reste assez faible pour l’heure.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Guy Millière
Publié dans les4vérités.com

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