Tandis que les Français se préoccupent surtout de ce qui se passe en France;

Tandis que les Français se préoccupent surtout de ce qui se passe en France – ce qui est logique, puisque c’est en France qu’ils vivent –, le monde n’en continue pas moins d’évoluer, et les évolutions qui s’opèrent sont inquiétantes. Elles ne seront pas sans impact sur la France.

Au cœur de ces évolutions, il y a le reflux de la présence américaine sur la surface du monde, et les conséquences de ce reflux. Au cœur de ces conséquences, il y a la remontée des puissances autoritaires. Et, au cœur de cette remontée, il y a la Russie et la Chine, mais aussi un troisième acteur, l’Iran.

La Russie, on le voit, ne se contente pas d’occuper le terrain proche-oriental déserté peu à peu par Washington, et ne se limite pas à soutenir le régime Assad, le Hezbollah, le régime iranien, tout en se rapprochant de l’Égypte et, désormais, de l’Arabie saoudite : elle entend rétablir sur sa périphérie le glacis dont elle disposait à l’époque soviétique.

L’Ukraine, que des Européens bien imprudents ont incité à s’arrimer à l’Union européenne, sans avoir les moyens de tenir tête à Poutine, est en train de glisser convulsivement vers la position qui avait été la sienne jusqu’à la fin des années Gorbatchev. Et des inquiétudes, très fondées, se font entendre dans les pays baltes, particulièrement en Estonie.

La Chine, on le voit moins, mais c’est un fait, renforce sa puissance maritime et cache de moins en moins sa volonté d’élargir son espace maritime et aérien en direction des îles Senkaku et des îles Spratly.

L’Iran, lui, conforté par la Russie, dispose vraisemblablement déjà de l’arme atomique qui lui permet de se sanctuariser, et re­trouve, grâce à la levée, désormais très large, des sanctions qui le frappaient, ses capacités financières, tout en pouvant compter que l’arc chiite reliant Téhéran à Beyrouth, en passant par Bagdad et Damas, est en voie de concrétisation.

D’autres acteurs sont concer­nés. La Turquie est de plus en plus solidement aux mains du parti islamiste AKP de Recep Tayyip Erdogan, tout en faisant toujours partie de l’Otan.

L’Afghanistan est en train de repasser aux mains des talibans.

En Amérique latine, sans qu’on en parle ou presque dans le monde occidental, Nicolas Ma­duro, digne successeur d’Hugo Chavez, continue à faire tirer à l’arme lourde sur une population affamée et utilise pour cela ce qui lui est envoyé depuis Moscou, tout en bénéficiant d’une assistance iranienne.

Ce qui en résulte est un monde de moins en moins sûr pour les libertés économiques et politiques et, dès lors, un monde où les perspectives d’un retour à la croissance sont très assombries. Or, sans croissance mondiale plus forte qu’aujourd’hui, les possibilités pour l’Europe et pour la France, de sortir de l’ornière sont nulles.

Ce qui en résulte est aussi une dépendance accrue du monde occidental vis-à-vis de pays qui ne sont pas ses amis : dépendance énergétique vis-à-vis de l’axe Moscou-Téhéran, dépendance financière et industrielle vis-à-vis de Pékin.

Ce qui est sous-jacent est la théorie eurasienne d’un homme proche de Poutine, mais écouté aussi à Pékin, Alexandre Dou­guine, qui, s’inspirant de Mac­kinder, rêve d’une « terre mondiale » autoritaire et socialiste, venant reléguer sur ses marges le « mal mondial » que serait le capitalisme libéral anglo-américain. La théorie eurasienne a ses adeptes en Europe occidentale. Les penchants de la « droite nationale » en direction d’un discours nationaliste, socialiste et poutinien, sont, en ce sens, symptomatiques.

En élaborant le reflux de la présence américaine sur la surface du monde, Barack Obama voulait un monde plus sûr pour des régimes autoritaires. Il raisonnait en « anti-impérialiste » islamophile. Je ne pense pas qu’il voulait la « terre mondiale » dont rêve Alexandre Douguine, mais il s’est conduit en agent de cette « terre mondiale ».

Le monde continue d’évoluer, oui. Et ces évolutions devraient inquiéter davantage. La France n’est pas une île.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Guy Millière.

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