La description par cette lettre de cette religion attardée!

Lettre de Leila Adjaoud à sa soeur en islam Djamila Gérard

Publié le 25 janvier 2014 par Bernard Dick - Article du nº 339

Au nom d’Allah le Clément, le Miséricordieux, بسم الله الرحمان الرحيم

Ma très chère sœur en islam, qu’Allah te protège,

Il y a longtemps que je n’ai pas eu de tes nouvelles. J’attends avec impatience un signe de toi. Depuis que j’ai pris la présidence du CAFFEN (Collectif des Associations des Femmes Françaises En Niqab), je n’ai plus une minute à moi d’autant que je suis chamboulée et consternée par le décès de notre fondateur Roger Heurtebise تغمّده الله برحمته qu’Allah étende sa miséricorde sur lui, survenu accidentellement le 22 décembre 2013, soit trois jours avant la fête des mécréants, Nawel. Tu ne peux imaginer combien je me sens orpheline, d’autant qu’il était notre seul soutien, notre seul conseiller dans ce monde abject d’islamophobes.

Je sais que tu ne partages pas toujours mes vues mais je tiens à te raconter pourquoi je suis en rage.

Après le décès de notre ami Roger et en plein accord avec mon mari, ses deux coépouses et mes onze enfants, j’ai décidé de porter le deuil. Mais comme je porte une burqa noire depuis que j’ai neuf ans, je n’ai pu que choisir une burqa noire plus épaisse en signe de mortification afin qu’Allah reconnaisse dans l’au-delà mon abnégation d’ici-bas.

Je t’écris avec le pied droit dans le plâtre et je ne peux marcher qu’avec une béquille. Un accident m’est arrivé le jour où j’ai porté ma nouvelle burqa : je n’ai pas vu le trottoir et j’ai fait un vol plané à deux pas de chez moi. A partir de là, les catastrophes se sont enchaînées.

Des hommes, ô quelle horreur !, se sont précipités sur moi pour m’aider à me relever. J’ai hurlé devant celles qui pouvaient m’entendre et à ces hommes : « Ne me touchez pas ! » et même, j’ai cru un instant qu’ils allaient me violer. J’ai eu la plus grande peur de ma vie car j’ai risqué de perdre mon douzième enfant que je porte depuis quatre mois.

Les hommes se sont retirés. Une femme a appelé le Samu 93. Il est arrivé en 5 minutes et là aussi, une autre horreur : deux homme blancs, des céfrancs je pense, en blouse blanche, se sont précipités encore sur moi comme des bêtes féroces pour me porter et me mettre sur une civière. Là, j’ai crié et je me suis efforcée de me relever par moi-même. Grâce à Allah, qui m’aide toujours, j’ai été transportée aux urgences de l’hôpital le plus proche. Dans l’ambulance j’avais encore très peur car j’étais seule avec des hommes, qu’Allah me pardonne ! Une doctoresse brune a aperçu les brancardiers, elle s’est dirigée vers moi et là – quel plaisir pour moi ! – elle m’a parlé dans ma langue, la langue de l’honorable Coran, puis elle m’a conduite dans une salle pour examiner ma cheville à l’abri des regards concupiscents des brancardiers. Me voici donc handicapée temporairement. Heureusement, la Sécu prend en charge tous les soins, grâce à Allah, le Miséricordieux.

Mais cette aventure est moins grave que celle qui m’est arrivée le lendemain. Je te la raconte aussi.

Afin de ne plus courir les mêmes risques dans le 93, j’ai pris un taxi avec chauffeur-femme. Elle m’a conduite vers la mairie de mon quartier pour que je voie l’assistante sociale. J’ai perdu une demi-heure à l’attendre. Dans la salle, j’étais assise avec une multitude de femmes voilées ou en burqa. Une personne à côté de moi m’a presque raconté sa vie. Elle est libanaise. Elle était habillée d’un manteau d’astrakan, pomponnée de haut en bas, qu’Allah lui pardonne !. Elle m’a dit qu’elle était venue en Mercedes pour retirer des bons d’essence. C’est chouette, tout de même, Allah est généreux.

Mon tour arriva. La dame m’a donné bonne impression : j’avais de la peine à distinguer ses traits mais d’après l’intonation de sa voix, elle m’a bien reçue.

Je lui ai expliqué ma demande : « Madame, vous avez accordé, il y a deux ans, à un ami de la famille devenu aveugle suite à un diabète mal soigné, l’assistance d’un chien d’aveugle bien dressé. Vous savez, madame, la maladie vient d’Allah qui est le seul responsable de ce qui nous arrive et de nos malheurs. Si je suis devant vous, c’est pour vous montrer mon plâtre et la fracture de la cheville causée par ma difficulté à voir les obstacles dans la rue. Vous voyez, je porte une burqa qu’Allah impose à toutes les femmes pieuses, pudiques et fidèles. C’est à cause de cette burqa que je me suis cassée cette cheville. Je viens vous demander de m’accorder l’aide d’une chienne d’aveugle pour pouvoir circuler en ville. Je vous aurais bien demandé un mouton d’aveugle bien dressé, mais comme cela ne se fait pas dans votre pays, je me contenterai d’une chienne, surtout pas d’un chien ! ». L’assistante sociale, qui m’avait paru bien accommodante au début, s’est quelque peu fâchée et m’a dit : « Si vous n’arrivez pas à trouver votre chemin, retirez donc ce linceul qu’est votre burqa et regardez devant vous avec les yeux que votre Allah vous a donnés ». Alors là, n’y tenant plus, je me suis mise à l’apostropher : « Mais madame, vous êtes en train de vous moquer de ma religion, vous êtes une islamophobe et une raciste. Quelle différence entre ce diabétique aveugle par la volonté d’Allah et moi, burqanisée par la volonté du même Allah ? ».

J’ai compris qu’elle n’allait pas m’aider. J’ai pris une ferme intention d’écrire au président Hollande qui est bien notre président, – n’avons-nous pas tous voté pour lui ? – d’intervenir auprès du maire de ma commune pour aplanir cette difficulté et pour que mon engagement avec Allah ne soit pas bafoué par une simple fonctionnaire islamophobe parée du titre d’assistante sociale. Je te tiendrai au courant de la réponse du président.

Djamila, j’attends de tes nouvelles avec impatience. Je ne manquerai pas de te faire part de la naissance de mon douzième enfant, un garçon j’espère.

J’ai assez parlé, je t’embrasse,

ta sœur en islam,

Leila

ton amie, Leila Adjaoud

P.S. : Ayant quelques contusions à la main droite suite à ma chute, j’ai dicté cette lettre à ma voisine, Bernadette Dick. J’espère qu’elle a été fidèle à ce que je lui ai fait écrire car je ne peux relire cette lettre. Tu m’excuseras certainement, Djamila. En guise de souvenir, je t’envoie ma dernière photo de face car de profil, ce n’était pas une réussite.

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