Mieux vaut une sortie de l'Euro programmée que forcée!!

Mercredi 20 novembre 2013

A ceux qui critiquent le programme économique du Front National par Bruno Lemaire

Avant l’euro, la France avait un solde commercial positif ; depuis l’instauration de l’euro, son solde commercial est très déficitaire.

Par Bruno Lemaire pour Bd Voltaire

Professeur émérite HEC - Conseiller économique de Marine Le Pen

Il y a un bien joli tir de barrage en ce moment contre les prétendues « dérives marxisantes ou collectivistes » du FN. Le parti aurait tout faux sur le plan économique (il est vrai que c’est de plus en plus difficile de l’attaquer sur ses autres points…).

Faux amis ou vrais adversaires, c’est la même rengaine : il faudrait condamner globalement les propositions du FN/RBM, qu’elles soient trop ou pas assez libérales – parfois même les deux, pensent certains.

Pourtant, le constat dressé par Marine Le Pen sur l’euro est difficilement niable. La zone euro est instable et sous soins palliatifs : beaucoup de perdants et peu de gagnants. Cette « copropriété » ne tient plus que grâce à la volonté et les décisions monétaires d’un ancien employé de Goldman Sachs, expert en manipulation de comptes publics.

Les économistes du FN, contrairement à des experts aussi talentueux que messieurs Sapir ou Attali, n’ont jamais dit qu’il y aurait disparition automatique de l’euro en 2012. En revanche, ce que nous avons toujours affirmé, c’est qu’une sortie concertée de l’euro était la seule bonne piste. Certes, on peut garder l’euro sous perfusion pendant des mois, voire des années, mais avec des conséquences insupportables pour les entreprises françaises et, donc, pour les salariés français.

Sur ce point – en dehors de la dissolution concertée de l’euro – la seule autre solution serait que l’Allemagne accepte « gentiment » de continuer à faire crédit à ses débiteurs commerciaux, en s’inscrivant simultanément dans l’esprit de la charte de la Havane, à savoir faire en sorte de diminuer ses exportations et d’augmenter ses importations. Mais pourquoi le ferait-elle ?

C’est justement de ces équilibres extérieurs que nous allons maintenant parler.

Marine Le Pen défend, comme le regretté Maurice Allais l’a fait en son temps, un protectionnisme « de bon sens », consistant à faire en sorte que les différents pays soient en équilibre extérieur avec leurs voisins. Ce protectionnisme a pour objectif de réguler – et non de bloquer – les différents flux internationaux, flux de capitaux, flux de biens, flux de services, et enfin flux migratoires.

Certaines personnes confondent sans doute de bonne foi barrages et écluses… Mais pour la majorité de nos concitoyens, confondre un mur avec une porte, un barrage avec une écluse, le mur de Berlin avec des frontières devrait relever d’une particulière mauvaise foi.

La France a toujours été un pays ouvert sur l’extérieur, ce qui ne veut pas dire ouvert aux quatre vents. La France existait avant l’euro, et il faut espérer qu’elle existera encore après l’euro. Les faits sont têtus : avant l’euro, la France avait un solde commercial positif ; depuis l’instauration de l’euro, son solde commercial est très déficitaire. Faudra-t-il continuer longtemps à se boucher les yeux, ou faire la politique de l’autruche ?

En ce qui concerne, enfin, les déficits publics, la plupart d’entre eux ne sont pas liés à des investissements d’avenir, alors qu’ils vont représenter pour nos enfants et petits-enfants une dette de plus en plus insurmontable. Mais les trois quarts de cette dette sont liés à une financiarisation excessive de l’économie, et le reste à des dépenses publiques que nous n’avons pas à assumer. Faut-il pour autant « taper » sur les fonctionnaires, ou sur leur nombre ? Si l’on veut traiter intelligemment ce problème, c’est d’abord en s’interrogeant sur leur efficacité vis-à-vis du service public que tout État devrait assurer à ses concitoyens et administrés.

Les mauvaises dépenses publiques, Marine Le Pen les a citées, notamment, le 12 janvier 2012. Le simple fait de diviser par deux les dépenses liées à l’immigration et à l’Europe et de lutter vraiment contre les fraudes sociales et fiscales rapporterait annuellement près de 50 milliards d’euros. Les entreprises ont besoin de stabilité, fiscale et législative, mais aussi d’un secteur public efficace. Ce n’est pas être « anti-entreprises » que de le dire.

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