Jusqu’où tombera Monsieur 21 % ?

Jusqu’où tombera Monsieur 21 % ?

Le 12 novembre 2013

Dominique

Jamet

Journaliste et écrivain.
Il a présidé la Bibliothèque de France et a publié plus d'une vingtaine de romans et d'essais.

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« Quo non ascendam ? » (Jusqu’où ne monterai-je pas ?) Telle est l’orgueilleuse devise que s’était choisie le surintendant des Finances du jeune Louis XIV, Nicolas Fouquet, dont les armoiries parlantes figuraient un écureuil grimpant aux arbres. Plus spectaculaire avait été l’ascension, plus rude fut la chute qui le mena, sous un masque de fer, jusque dans un cul-de-basse-fosse. « Quo non descendet ? », jusqu’où tombera-t-il, c’est la question que l’on ne peut pas ne pas se poser au vu du dernier sondage connu et du nouveau record d’impopularité battu, que dis-je pulvérisé, par le président de la République, et rien ne permet d’exclure que celui-ci plonge plus bas encore. Après tout, une grande partie de la Hollande se situe au-dessous du niveau de la mer.

Ce ne sont plus seulement l’extrême droite, la droite souverainiste, la droite de gouvernement, le centre et l’extrême gauche qui récusent le vainqueur de Nicolas Sarkozy. C’est au sein même de son parti d’origine que les rangs de ses partisans s’éclaircissent. Le socle de confiance dont dispose encore le chef de l’État est désormais, toutes catégories confondues, inférieur au pourcentage d’électeurs qui se disent socialistes. François Hollande est désormais massivement minoritaire chez les jeunes, les adultes et les vieux, chez les hommes et chez les femmes, chez les patrons et les ouvriers, chez les paysans et les banquiers, chez les actifs, les retraités et les chômeurs. Jusqu’où tombera Monsieur 21 % ?

Si le Parti socialiste organisait des primaires dimanche prochain, le gagnant ne serait certainement pas le même qu’il y a deux ans. Si l’élection présidentielle avait lieu dimanche prochain, on peut tenir pour assuré qu’elles ne donneraient pas le même résultat qu’en mai 2012. Si des élections législatives avaient lieu dimanche prochain, il est évident que les socialistes et plus généralement la gauche paieraient au prix fort l’échec de leur chef de file. L’ennui est que, dans le système tel qu’il fonctionne, il n’est prévu d’ici mai 2017 ni primaires socialistes, ni élections législatives, ni élection présidentielle. L’imbécile institution du quinquennat, dont la conséquence est la simultanéité de ces deux scrutins essentiels, interdit aux Français d’exprimer pacifiquement dans les urnes leur déception, leur colère et leur volonté de mettre hors d’état de nuire davantage celui qu’une conjonction de circonstances particulières a mis par erreur à leur tête.

À moins que François Hollande ait le courage de dissoudre (mais il n’aura pas ce courage), à moins qu’il se risque par le biais d’un référendum à ressourcer et à retremper sa légitimité perdue dans l’eau lustrale du suffrage universel (mais il ne prendra pas ce risque), c’est pendant plus de trois ans qu’il devrait continuer de plier sous l’écrasant fardeau d’un pouvoir pour lequel il n’était décidément pas fait et que nous continuerons de le traîner comme un boulet. Quelle présomption ce fut de sa part de briguer, quelle légèreté de la part d’une majorité d’électeurs de lui confier une charge trop lourde pour ses épaules !

Une amie me rappelait l’autre jour la sentence définitive que rendit un jour Napoléon : « Le seul crime en politique consiste à avoir des ambitions plus hautes que ses capacités. »

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